Nouveau v379
Mission encre noire

Émission du 17 novembre 2020

Mission encre noire Tome 29 Chapitre 342. Bermudes de Claire Legendre paru en 2020 aux éditions Leméac. La narratrice qui débarque en 2011, en provenance de Prague, à Montréal, y a perdu une histoire d'amour. Elle se lance sur les traces d'une écrivaine disparue dans les eaux glacées du Saint-Laurent en 2005, entre Natashquan et Labrador. Alors qu'elle vient de quitter les cendres chaudes chaudes de sa rupture douloureuse en Europe, elle poursuit le fantôme d'une autrichienne qui lui ressemble. Petit à petit, elle prend la mesure de ce double d'elle-même, qui la fascine et l'attire, jusqu'à revivre certains aspects de son histoire. Elle prend la mesure d'un voyage énigmatique qui la conduit de Montréal à la côte nord, où elle fera la rencontre d'un homme politique séducteur, d'un musicien à la gloire montante et de naufragé.e.s de la vie exilé.e.s sur des îles glacées d'une grande beauté. Qui sait ce qui l'attend sur le quai de l'archipel de Saint-Augustin, le fleuve couvert de glace ? Va-t-elle se laisser prendre ? En 2019, Claire Legendre a réalisé sur l'île d'Anticosti un film documentaire, Bermudes (nord) qui sera l'amorce de ce roman, dans lequel figure quelques-uns de ses personnages. Nous partons à la recherche de Nicole Franzl désespérément en compagnie de Claire Legendre à Mission encre noire. Extrait: « Franza n'a jamais pris ce cargo. En 2005, c'était le Nordik, un express, celui qu'on appelait « le bateau de la poste », qui prenait les cargaisons mais moins de passagers, et qui avait moins de cabines surtout. Je me demande si elle en avait une, jusqu'où elle comptait aller, et si elle avait réservé. Je l'ai imaginée en princesse mais je me trompe sûrement. Elle était peut-être casse-cou et peut-être capable de ne pas se doucher d'une semaine, peut-être qu'elle était au bout, vraiment au bout du désespoir et à ce moment-là est-ce qu'on se soucie encore de l'odorat des autres? J'ai peut-être un surmoi trop développé pour me laisser aller au désespoir. Quand j'ai envie de mourir je me demande qui va trouver le cadavre et je ne peux me résoudre à être vue sans consentement, à laisser mon visage hors de contrôle. Si je me noie il me faut du fond de teint waterproof.» Abandon de Joanna Pocock traduit par Véronique Lessard et Marc Charron paru en 2020 aux éditions Mémoire d'encrier. Joanna Pocock, son mari et sa fille de six ans découvrent Missoula, une ville universitaire d'environ 65 000 habitants, sous un soleil de plomb, ses routes larges, ses cours d'eau pollués, une vision bien éloignée de ce à quoi elle s'attendait. Ils resteront deux ans dans l'ouest américain. À l'aube de ses 50 ans, elle quitte sa vie londonienne pour tenter de refaire sa vie ailleurs, différemment. L'Amérique qui s'ouvre à elle, dans ses derniers territoires sauvages, est bien plus complexe qu'il n'y paraît. En quête d'une réinvention personnelle, le Montana représente une porte d'entrée inédite vers un vaste éventail de cultures et de pensées propres à l'Ouest: des chasseurs de loup, des survivalistes, des milices d'extrême droite, des charognards, des réensauvageur.e.s nomades, des écoguerrier.e.s, des écosexuel.l.e.s etc... Consciente de l'écoanxiété qui habite son livre, Joanna Pocock envisage ce voyage intérieur vers l'Ouest américain et ses extrêmes, comme un rite de passage consenti vers d'autres modes de vie envisageables. Et si c'était possible ? Rien n'indique pourtant qu'elle n'y trouvera pas sa place, et vous ? J'accueille, ce soir, à Mission encre noire, l'équipe de traduction, Véronique Lessard et Marc Charron. Extrait: « Finisia Medrano était devenue une obsession. Je googlais à son sujet jusque tard dans la nuit à la table de la cuisine dans notre petit bungalow humide de Missoula. les champignons qui poussaient sur nos tapis florissaient. Les araignées clochardes continuaient à se prendre dans mes pièges et j'examinais leurs corps gras et rayés avant de les jeter à la poubelle. Les guêpes qui infestaient le plafond de la cuisine étaient sorties de leur hibernation avec le début de l'été et bourdonnaient fort au-dessus de ma tête, comme un rasoir électrique. En tapant sur mon MacBook pro, j'avais conscience de l'arsenic et du cuivre qu'il contenait, deux minerais probablement extraits au Chili. Je savais que leur processus d'extraction tuait des villages entiers et empoisonnait les rivières. Au congo, des enfants d'à peine sept ans extraient le cobalt de la terre à mains nues. On écourtait leur vie pour allonger celle de ma pile. Même chose pour le bismuth du Mexique, le gallium de Guinée, le cadmium, le chrome, le manganèse et le platine d'Afrique du Sud, le lithium du Zimbabwe, le mercure de la seule mine de mercure au monde au Kirghizstan, le vanadium du Kazakhstan, l'antimoine du Tadjikistan, et ainsi de suite.»

Feuille de route

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Mission encre noire 07 décembre
Émission du 6 décembre 2022
Mission encre noire Tome 36 Chapitre 397. Un homme et ses chiens par Marc Séguin paru en 2022 aux éditions Leméac. Que faut-il donc pour qu'un homme se dise presque heureux ? Dans sa vie, il a eu ses chiens, Mujo son premier, il avait sept ans, son confident. Easter, Goose et Maya suivront. Dès ses 4 ans, il a souhaité la fin du monde. Ne sachant trop quoi faire de cette euphorie soudaine, il détruit ses modèles complexes pour pouvoir les reconstruire. Plus tard, il fuira le monde et ses conventions à travers les drogues, puis les livres. Il aura connu l’amour, à plusieurs reprises, malgré sa sauvagerie. Sans cynisme, il constatera son incapacité à partager son quotidien bien longtemps. Ce qu'il cherche est plus grand que soi, une façon de vivre qui pourrait taire sa colère intérieure. Il restera à Anticosti plusieurs années, puis sur l’île aux Naufrages. Il deviendra guide de chasse, avec ses chiens, pour accompagner de riches américains, des français ou des anglais. Néanmoins, la question demeure: que faire de ses forces obscures qui le bousculent ? Comment apaiser ses rapports amoureux ? Marc Séguin nous présente le portrait tout en nuances d’un homme qui s’inscrit en rupture de la société. Lui qui aimerait tant ajouter un chapitre de bonheur véritable à l’histoire de sa vie, même s’il juge le quotidien définitivement trop triste. Pourtant si l’humanité court à sa perte, à quoi cela sert-il de vouloir encore aimer, pour de vrai, en grand, jusqu’à la douleur peut-être? Si par un ciel clair, il est encore possible de voir des étoiles filantes aujourd’hui, parfois elle nous attire comme un mauvais rêve, loin du vide. Pour nous signifier que nous ne sommes pas seul au monde. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire Marc Séguin.
60 min
Mission encre noire 30 novembre
Émission du 29 novembre 2022
Mission encre noire Tome 36 Chapitre 396. Les allongées par Jennifer Bélanger et Martine Delvaux paru en 2022 aux éditions Héliotrope. Les deux autrices confessent être prise en otage par des douleurs et des fatigues chroniques, si brutales parfois, à vous laisser le souffle court. Comment témoigner de ce qui échappe au regard, de ce qui ne se partage pas,voire jamais ? À quoi ressemble le monde vu d’un lit, cet étrange objet, lieu grave s’il en est, lieu de naissance, de passion, de désir, de mort, de souffrance et aussi d’oubli. Car voilà, comment peux-t-on avoir une vie quand on la subit couchée? Martine Delvaux et Jennifer Bélanger s’entourent d’autres femmes, écrivaines, artistes, amies, mères, filles, amantes et soignantes pour rendre hommage à toutes celles qui plient sans doute un peu plus chaque jour sous le poids de leur plaies et blessures ; les accidentées, les insomniaques, les survivantes et qu’on invisibilise encore trop souvent. Les voix de ces femmes qui luttent, se rebellent, s’arc-boutent devant un monde qui préfère les reléguer aux rôles de paresseuses, d’hystériques ou de martyres cinglent les pages de ce court essai. Même si leurs corps les obligent à ralentir, les deux autrices ne renoncent surtout pas à redonner une voix à celles laissées pour mortes. Pour toute une famille élargie de résistantes, il reste le rêve et l’écriture d’autres récits, j’accueille, à Mission encre noire, Jennifer Bélanger et Martine Delvaux.
60 min
Mission encre noire 23 novembre
Émission du 22 novembre 2022
Mission encre noire Tome 36 Chapitre 395. J’étais un héros de Sophie Bienvenu paru en 2022 aux éditions Le Cheval d’août. Yvan, 62 ans et Miche, sa colocataire-sa blonde, se retrouvent démuni.e.s aux urgences d’un hôpital pour recevoir un diagnostic sans appel. Yvan a passé sa vie à se détruire, Miche aussi d’ailleurs, étant devenue alcoolique comme lui. Il est tout seul, il l’a toujours été, sa vie aura été ça : un amas d’affaire ratées et d’occasions perdues. Ça fait 20 ans qu’il n’a pas revue Gabrielle, sa fille. Il ne lui a même jamais donner son numéro de téléphone.Que pourraient-ils se dire de toute manière? Pourtant dans le temps, il était son héros. C'est lui qui le dit. Son rire d'enfant faisait de lui un surhomme. Heureusement, aujourd'hui il lui reste encore un chat trouvé dans les poubelles et Miche qui l'ennuie. Il fait ce qui lui tente l'animal, il est libre, il est maître de son destin. Ça lui plaît ça, à Yvan. Rien n'est moins vrai. Sophie Bienvenu nous dévoile le portrait d’un homme blanc, d’un baby boomer, prisonnier des rôles qu’il s’est imposé. Il vient d'une génération qui se sait malhabile avec les émotions et qui préfère encore les silences ou les baisers de feu de l’ivresse pour colmater les cicatrices du passé. Enfant quand on a le goût de pleurer devant Lassie, de jouer avec les petites filles à la poupée, et, plus tard, de vouloir porter des pantalons rouges comme Bowie, ça marque quand même son homme. Que reste-t-il de tout cela au final? Comment enfin prendre la parole avec sa fille? Peut-on pardonner après si longtemps? Je reçois Sophie Bienvenu, ce soir à Mission encre noire.
60 min
Mission encre noire 09 novembre
Émission du 8 novembre 2022
Mission encre noire Tome 36, Chapitre 394. Niagara par Catherine Mavrikakis paru en 2022 aux éditions Héliotrope. Ici nous sommes en présence de la voix de la narratrice au pied des célèbres chutes, l'eau et ses remous se déchaînent. Elle guette encore au bord du parapet l’apparition improbable de la silhouette fantomatique de sa mère, morte depuis belle lurette, dérivant au long des rives des grands fleuves du continent américain. Car voilà, ce deuil, éveille en elle, un rêve insensé, que ce soit à partir des photos de son enfance, lors d’une première visite à Niagara en 1964, ou bien à la suite d'une citation de marguerite Duras, la narratrice voit encore et encore, le corps aimant disparaître sous les écumes et rejoindre les berges du Mississippi. Marquée par le séisme provoqué par cette perte, elle y puise une inspiration inédite, qui, sur le modèle de François-René de Châteaubriant, ou est-ce peut-être Flaubert, Mallarmé ou même Jeff Buckley et bien d’autres, lui permet d’élaborer de véritables Mémoires d’outre-tombe. Se dessine, alors, sous la plume espiègle et badine de l’autrice, un portrait tout aussi jouissif que douloureux, de ce qui fonde, il faut bien se l’avouer, un héritage littéraire. Plouf, donc, sillonnant le territoire nord américain des songes, Catherine Mavrikakis s’amuse à dégringoler ces chutes, car c’est à Niagara qu’elle contracté la maladie de la mort. De quoi s’agit-il au juste? J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Catherine Mavrikakis.
60 min
Mission encre noire 18 octobre
Émission du 18 octobre 2022
Mission encre noire Tome 36 Chapitre 393. Candy par Benjamin Gagnon Chainey paru en 2022 aux éditions Héliotrope. Lorsque la nuit se drape de faux-semblants, Candy, drag queen, multiplie les numéros au cabaret Rocambole à Villecresnes. Dans sa loge, elle se prépare à la gloire, à danser et à chanter en pleine lumière. Thierry meurt un peu plus chaque nuit pour laisser éclore la glamoureuse étoile qui naît sous les yeux ébahis de la foule en délire. Et si le cabaret commence à bander, c’est pour son Mathurin qu’elle tremble. C’est pour lui qu’elle chante, c’est pour lui qu’elle va fuir ces bas-fonds. Mathurin et sa femme fatale vont se déguiser en courant d’air et mettre le cap sur le paradis en talons haut. Une ombre distordue les attend, cependant, au détour d’une rue. Une hideuse vieillarde, porteuse de malheur, qui ricane et toussote. Ils commettront leur premier meurtre. Déclarés coupables, les amants briseront pourtant leur chaîne et ils s’uniront pour le pire car l’enfer est pavé de bonnes intentions. Conte d’amour pour adultes et vacciné.e.s, cette cavale du tonnerre déroule son tapis rouge avec style et emphase, dans les plis duquel, il se pourrait, que l’éternelle Divine de Jean Genet se prenne les pieds. Candy, la vie contée d’une Notre-Dame-des-Fleurs enceinte d’un fruit d’amour impossible, devient un fascinant lieu de passages entre les identités, la réalité et la fantasmagorie. En route, donc, pour l’Eden. Faites gicler strass et paillettes, j’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Benjamin Gagnon Chainey.
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