Osheaga, mais je vais juste voir des femmes

05 août 2019 publié par Estelle Grignon

Osheaga, mais je vais juste voir des femmes

Le sujet de la parité dans les festivals ne date pas d’hier. Déjà en 2015, le blog Crack in the Road a fait sensation en présentant des affiches de festivals sur lesquelles on avait retiré tous les noms de gars et de groupes entièrement masculins.  On peut revoir les affiches sur le site de la BBC, qui les avaient relayées. Puis, juste avant le début d’Osheaga, un reportage de Radio-Canada nous apprenait que seulement 23% des artistes présents dans les différents festivals étaient des femmes. 

C’est con. Ça fait des années que ça dure et j'ai l’impression que les événements à grand déploiement ferment les yeux.

La musique, souvent, ça sert d’exutoire, ça permet de fuir la réalité et de se laisser transporter. Dimanche, donc, je suis allée à Osheaga dans le but de vivre quelque chose de différent. Tannée de cette lutte qui vire dans le beurre, je me suis laissée téléporter dans un univers parallèle où les gars existent pas. Je me suis donnée comme mission de n’aller voir que des concerts d’artistes féminines.

Le plus gros festival sur Vénus

Quelques constats rapides: déjà, dans mon utopie, mes amies sont absentes. J’en ai croisées quelques-unes durant la journée, mais aucune ne m’a accompagnée jusqu’à un concert. Ici, les Boy Pablo, Kaytranada, Cri et autres Tame Impala semblaient faire l’unanimité. Je ne leur en veux pas, c’est chill. Mon aventure sera donc une occasion de me ressourcer seule dans mon oasis féminin. Oasis où je suis trop distraite pour penser à mes lunettes de soleil et ma crème solaire, mais où j’avais mis ma couronne de fleurs en haut de ma liste de priorités. Avec ma camisole punk et mon rouge à lèvres violent, j’avais l’air d’un mélange entre Lana Del Rey circa 2012 et Courtney Love circa 1994. Bref, les deux seuls modèles dont j’ai besoin. Ça, et une bonne beurrée d’aloès.

Ma journée à Osheaga commence avec mon crush musical de 2019, Nilüfer Yanya. La chanteuse britannique a fait paraître en mars dernier un premier album, Miss Universe, et mes yeux se remplissent d’étoiles chaque fois que je l'écoute. Sur l’énorme Scène de la Montagne, toutefois, la chanteuse et guitariste a l’air bien petite. Son spectacle aurait été beaucoup plus approprié dans un endroit plus intime. Et ça n’aide particulièrement pas que les tests de son de la scène adjacente enterrent les passages plus mélodiques de ses meilleures chansons. J’espère que tu reviens bientôt à Montréal Nilüfer, j’ai hâte de te voir dans une petite salle déchirer Heavyweight Champion of the Year avec tout le respect que tu mérites.

C’est ensuite le temps d’un premier choix déchirant. Est-ce que je vais voir la DJ Bambii ou la chanteuse R&B Sara Diamond? D’un côté, la musique est meilleure du côté de Bambii, avec ses rythmes soutenus et fort entraînants. De l’autre, le parterre devant Sara Diamond est à l’ombre, et pas sous le plus gros soleil que j’ai jamais senti. Les deux scènes sont proches, alors je me permet un aller-retour.

Après une poutine à 10$, c’est l’heure d’aller voir Sigird. Déjà une sensation en Europe, la jeune Norvégienne tente peu à peu de conquérir l’Amérique du Nord. Ses chansons n’ont pas connu beaucoup de succès ici, mais la foule rassemblée devant la Scène de la Rivière semblait conquise d’avance. Le public chantait en choeur les paroles de ses plus grands succès, tant pendant qu’après le spectacle. Plutôt sympathique.

Je valse ensuite vers Bea Miller, une autre fille de la pop que je connais encore moins. Qu’à cela ne tienne: les choristes sont nombreux dans le public rassemblé sous le sympathique abri tempo de la Scène des Arbres. Bea Miller admet même être surprise de voir autant de gens. Elle balance une pop efficace et vaguement rock, avec une touche d'irrévérence féministe.

Turbulences dans l'espace

Prochaine sur ma liste, KOFFEE donne peut-être la performance la plus solide de la journée. Originaire de la Jamaïque, la chanteuse mélange reggae et hip-hop, avec une touche de Little Simz. Après un tour sur Wikipédia, j’apprends qu’elle n’a que 19 ans. Pourtant, j’aurais cru avoir affaire avec une véritable vétérane. J’en profite pour noter les canons à eau qui ont commencé à cracher sur des spectateurs pas mal surpris et peu enthousiastes. Je comprends qu'on veuille nous rafraîchir, mais peut-être qu’il aurait été plus prudent d’avertir les festivaliers avant de virer le parterre en concours de wet t-shirts. 

C’est ensuite le tour de la rappeuse Tierra Whack de se présenter à la foule montréalaise. En fait, c’est son DJ qui se présente en premier. Il enchaîne des extraits de succès des Black Eyed Peas, Nelly Furtado et Wacka Flocka Flame pour réchauffer le public. La stratégie fonctionne: tout le monde danse, chante, saute et hurle durant la performance de Miss Whack. Montréal l’aime, et elle aime Montréal. « Je me sens comme à la maison ici », lance-t-elle d’entrée de jeu. L’ambiance est à son comble et j’avoue que toute seule au milieu de toutes les gangs, je me dis que j’aurais peut-être eu plus de plaisir accompagnée.

Vient ensuite une pause d’un peu plus d’une heure entre la fin du spectacle de l’infatigable Tierra Whack et celui de Hayley Kiyoko, nouvelle sensation pop queer. Quelque part entre les deux, je pourrais attraper une partie du DJ set de Black Madonna. Mais rendue là, je crois avoir absorbé assez de musique (et de coups de soleil) pour la journée. 

Mon amie m’offre quand même de la rejoindre pendant le spectacle très rempli d’un artiste masculin. J’accepte jusqu’à ce que je réalise que ses indications de « tout à droite vers l’avant », ce n’est vraiment pas suffisant pour la retrouver. Surtout que le réseau cellulaire est devenu complètement inefficace et que la foule est entassée comme des sardines. Dommage: de toutes les filles que je voulais voir cette journée-là, mon amie était peut-être celle que j’avais la plus haute sur ma liste.

Retour sur terre

Je rentre donc chez moi pour tirer des conclusions de ma journée. Évidemment, j’aurais pu aller voir Mac DeMarco et Childish Gambino et passer du bon temps. Mais mon périple dans le monde imaginaire de la domination féminine m’a permis non seulement de découvrir des artistes cool, mais aussi de me rendre compte à quel point elles avaient toutes un public dédié. À quel point des Sigird, Bea Miller et Tierra Whack semblaient attirer plus de fans plus que de curieux dans leur grandes foules. En grattant un peu, on se rend compte qu’il y a une réelle demande pour ces artistes. 

J’ai déjà hâte à l’année prochaine pour répéter l’expérience: cette fois, j’espère pouvoir convaincre une amie ou deux (ou même un ami, pourquoi pas?) de m’accompagner dans ce voyage dans un univers parallèle. Là où le talent des femmes n’a d’égal que la rougeur sur mes épaules nues.

 


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