« On erre dans les rues » : les oublié.e.s de la pandémie

30 mars 2020 publié par Lila Dussault

« On erre dans les rues » : les oublié.e.s de la pandémie

Avec la fermeture des aires de restauration, des centres de jour et la réduction des places en hébergement, la population itinérante de Montréal se retrouve prise au dépourvu. Depuis vendredi, la Ville de Montréal a décrété l’état d’urgence local afin de pouvoir établir rapidement des mesures nécessaires, deux semaines après le début de la crise. 

En 2018, 22% de la population itinérante de Montréal, soit 678 personnes, n’utilisaient pas les ressources d’hébergement d’urgence selon un dénombrement effectué par l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Depuis le début de la crise de la COVID-19, cette partie de la population semble avoir été négligée par les décideurs: impossibilité d’accès à des toilettes et à des lavabos, absence de halte-chaleur, surpopulation des ressources encore ouvertes, manque d’accès à de la nourriture et à des services essentiels. C’est ce qu’explique Richard Giroux, un usager de la Maison du Père où il peut se réfugier à partir de 14h00.

Dès le début de la crise, plusieurs ressources offrant des services à la population itinérante ont fermé leurs portes par manque de personnel et de bénévoles ou pour éviter la propagation. Cela a entraîné une pression insupportable pour les organismes en place, explique le Dr Éric Latimer, spécialiste en santé mentale et itinérance pour l’Institut universitaire de recherche en santé mentale Douglas. C’est le cas du centre de jour La Porte ouverte situé près du métro Place-des-Arts, dont il est aussi membre du conseil d’administration. 

Anita Schoepp, superviseure par intérim du projet pilote des Travailleuses de soutien autochtones, explique que ses intervenantes de rue ont installé des stations de lavage de main dès les premiers jours de la crise. À sa connaissance, la Direction de la santé publique n’avait pas de plan spécifique pour la population itinérante. Pourtant, l’état d’urgence sanitaire, tel que décrit à l’article 123 de la Loi sur la santé publique pour protéger la santé de la population, permet « de veiller, si les personnes touchées n’ont pas d’autres ressources, à leur hébergement, leur ravitaillement et leur habillement ainsi qu’à leur sécurité. » Depuis le 14 mars, aucune mesure permettant l’auto-isolement volontaire des personnes en situation d’itinérance n’a été mise en place.

La population itinérante est vieillissante et particulièrement vulnérable à la propagation du COVID-19. Le premier cas déclaré à la Mission Old Brewery, qui a depuis été retestée négativement selon l’organisme, met en lumière le risque élevé de propagation dans les services d’hébergement d’urgence malgré les protocoles en place.

Ce vendredi, la Ville de Montréal a annoncé par communiqué l’ouverture de quatre nouveaux refuges. Des centres de jour temporaires seront aussi installés au Square Cabot et à la Place Émilie-Gamelin. Une vingtaine de toilettes chimiques avec lavabos ont été réparties près des métros et des parcs. Pour les personnes atteintes de la maladie,  200 unités d’isolement ont été créées à l’ancien hôpital Royal-Victoria, tandis que celles en attente d’un résultat auront accès à des chambres d’hôtel. Cela répond aux espoirs de Richard Giroux.

À travers toutes ces mesures, Dr Latimer croit que cette situation met en lumière l’inhumanité dans laquelle sont maintenues les personnes en situation d’itinérance. Selon lui, d’autres moyens ont été démontrés pour mettre fin à l’itinérance, comme la construction de nouvelles unités d’habitation et l’accompagnement des personnes hors des services actuels.

 

 

**Information supplémentaire depuis la publication : Dimanche, un premier résident de la section pour hommes âgés de la rue de la Maison du Père a été testé positif à la COVID-19 et en est décédé. La Maison du Père travaille maintenant à réduire encore plus les risques de transmission à l’intérieur de ses murs. 

 

Crédit photo : Jon Tyson via Unsplash


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