Ne pas voir Alice Glass et pleurer

20 mai 2018 publié par CHOQ.ca

Ne pas voir Alice Glass et pleurer

Une collaboration entre Estelle Grignon et Mathieu Aubre

« Et si je pleure dans la pluie/Tu n'y verras que du feu/De l'eau qui tombe sans bruit/Que de la pluie dans mes yeux »

-Mario Pelchat

Estelle: Le vent commence à se lever et le ciel est bien peu coloré à notre arrivée en cette deuxième journée du festival Santa Teresa. Ni Mathieu Aubre ni moi n’avons de plans réels pour la soirée à quelques exceptions près. Mathieu a hâte de voir le DJ suédois Todd Terje en fin de soirée depuis des semaines. De mon côté, c’est Alice Glass, ancienne chanteuse de Crystal Castles, qui était dans mon point de mire. Débarqués en début d’après-midi, on arrive tout juste trop tard pour bien apprécier la fin du spectacle de CRi

Monte ensuite nothing,nowhere sur la Scène extérieure. Contrairement à bon nombre de spectacles présentés dans des bars, ceux présentés dans le stationnement de l’hôtel de ville sont ouverts à un public de tout âge. C’est tant mieux : le emo rap de nothing,nowhere semble s’adresser à un public qui vit sa puberté avec difficulté. Au final, nous sommes tout de même amusés et divertis, même si ce n’est peut-être pas de la façon qu’avait imaginée le rappeur américain lorsqu’il a écrit ses textes. 

Le mauvais temps se met de la partie alors qu’il termine sa performance : Her, duo qui devait jouer à 16h, est finalement déplacé dans une autre salle avant d’être annulé : ça augure bien mal pour Alice Glass, de qui nous sommes sans nouvelles. On prend un pichet au Saint Graal en attendant la suite des choses, mais à notre retour, ce sont toujours des airs big band qui dominent la Scène extérieure. Alice Glass est bel et bien annulée et elle ne sera pas déplacée. 

***

Ma mère avait une grossesse très avancée lorsqu’elle est allée voir Mario Pelchat en concert, il y a vingt-quatre ans presque jour pour jour. C’était la tournée qui suivait son album Pelchat et, surtout, sa pièce Pleurs dans la pluie. Elle était tellement enceinte qu’elle avait peur de devoir accoucher sur place : ça aurait été mon premier concert. Reste que j’ai toujours eu l’impression d’avoir absorbé les paroles de Mario Pelchat via l’intérieur. De retour en 2018, ma tristesse face à ce spectacle qui n’aura pas lieu est infinie. Alice Glass n’entendra pas mon dernier cri. 

***

Après avoir transformé le café Les Allumées en salle de presse improvisée pour des entrevues au sec, on retourne vers le Saint Graal. C’est alors au tour de Melanie Vendetti de prendre la scène. Son test de son aura, au final, été aussi long que son spectacle. Il y a toutefois beaucoup de bonne humeur tout au long de son passage sur scène, soundcheck inclus. Très loquace avec son public, elle ne se plaint pas de la pluie : comme les spectacles extérieurs sont annulés les uns après les autres, les festivaliers se rabattent sur les concerts en salle, lui offrant une foule bien garnie.

Près de cinq heures après nothing,nowhere, la scène extérieure est enfin prête à recevoir un autre groupe. Entre alors en scène la formation de rock canadienne July Talk, bien reconnue pour ses spectacles explosifs. À l’instar de Feist la veille, la chanteuse Leah Fay s’adresse au public en français avec un joli accent de langue seconde. Sa voix douce contraste avec celle de l’autre chanteur, Peter Dreimanis, et avec la section rythmique, toutes deux très carrées et avec un arrière-goût d’alcool brun. Le rock alternatif du groupe torontois est solide et accrocheur, presqu’assez pour faire oublier mes chaussettes qui commencent à sérieusement prendre l’humidité. Je fais un détour par la suite au salon des médias pour recharger mon téléphone et je rejoins Mathieu au Cabaret BMO pour danser au sec.

Mathieu : Le cabaret BMO s'annonçait déjà à l'avance être bien rempli pour la soirée, mais je ne me serais jamais attendu à autant de trouble. À mon arrivée à 21h10, un line-up m'attend déjà à l'entrée, juste à temps pour que je le skip en criant être journaliste, et visiblement un peu douchebag aussi.

Bonne décision de ma part ceci dit, puisque le set de Rone se révélera particulièrement sur la coche. Le Français s'amuse beaucoup avec des breaks atmosphériques qui viennent ponctuer son set ça et là, permettant de relâcher un peu la pression avant de relancer le tout de plus belle. Le processus est efficace et la rapidité des beats permet de créer un maudit beau dancefloor, pas mal plus que son successeur dans tous les cas.

Estelle : « Je veux te faire l’amour là-dessus », lance la spectatrice devant moi à son copain alors que Darius vient tout juste d’arriver sur scène. Il n’en fallait pas plus pour qu’un long french s’ensuive à une distance de bras de moi. Ce sera le premier, mais pas le dernier échange de langues dont je serai témoin ce soir. La musique électronique du DJ parisien est un brin minimaliste, mais toujours bien langoureuse. 

La soirée ne fait que commencer mais déjà, le dernier métro nous forçait à quitter au même moment où Todd Terje allait entrer sur scène. Heureusement, comme un ange tombé du ciel, Barbara d’Urbania réussi enfin à entrer dans la salle remplie à plein capacité : j’étais en train de presser Catherine de finir son verre lorsqu’elle nous offre de nous lifter après le show. La fête va donc continuer sous le regard attentif du prochain DJ.

Mathieu : La soirée se conclut sur le phénomène suédois Todd Terje, qui vient présenter un set d'une qualité assez époustouflante. Grand érudit du disco, du dub et de la house, le DJ se gâte avec des deep cuts qui réussissent à faire danser tout le monde. N'ayant pas peur de se lancer dans la musique indienne ou arabe, il vient créer une surprise à chaque instant.

Salutations spéciales aussi aux quelques samples très subtils qu'il utilisera par moment, comme la ligne de basse de The Dark of the Matinée de Franz Ferdinand, ou encore une courte ligne de synthés de Get Lucky de Daft Punk. C'est efficace et juste assez caché pour que ça devienne presque un jeu d'identification. Le set se termine finalement sur un remix d'un live de Dancing Queen de ABBA un peu downtempo, question d'astucieusement calmer les gens avant leur sortie de la salle, un geste fort apprécié.

Estelle : À défaut d’avoir pu me défouler sur la musique délivrante d’Alice Glass, j’aurais quand même pu bien me déhancher avec Todd Terje. Mon plan de match pour dimanche implique plus de spectacles en salle : je devrais donc m’en sortir sans pépins cette fois-ci.


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