Je ne suis pas fan de trap, donc j'ai passé une belle soirée

21 mai 2018 publié par CHOQ.ca

Je ne suis pas fan de trap, donc j'ai passé une belle soirée

Un article co-écrit par Étienne Grignon et Mathieu Aubre.

Il n’y avait qu’une personne devant moi dans la file pour voir Charly Bliss au Montecristo à 21h00. Le garde de sécurité sort sa lampe de poche pour observer sa pièce d’identité et s’assurer qu’elle est majeure. Je prépare aussi ma carte soleil au cas où.

Rendu à moi, il ne demande qu’à vérifier mon sac et me laisse passer. Pour la deuxième fois de ma journée, l’âge semble me rattraper. 

C’est que malgré mes 23 ans (et demi) j’avais l’air vaguement au-dessus de la moyenne d’âge dans les spectacles que j’avais vus plus tôt en après-midi. Mathieu Aubre, qui est arrivé avant moi sur la Scène extérieure, fait le même constat.

Mathieu : Les filles de Heartstreets ouvrent le bal et elles prouvent rapidement qu’elles ont compris le niveau. Parce qu’il faut dire que la foule est constituée à pas loin de 70% de personnes mineures à cette heure-là. Fortement soutenu par Vrak ces derniers temps, le duo montréalais réussit à bien approcher la jeunesse de la Rive-Nord et à mettre le party dans la place, malgré le retard d’ouverture du site de près d’une heure et le soleil qui tape. Un défi pas facile à relever, mais que les filles surmonteront à coup de bonnes pièces RnB et hip-hop légères et bien estivales.

Mount Kimbie pognera moins le niveau par la suite par contre. Le duo de DJs anglais, ici sous forme de band live en quatuor, semble un peu trop obtus pour ce à quoi une bonne partie du public s’attend comme musique. Qu’à cela ne tienne : j’assisterai personnellement à la meilleure prestation de ma fin de semaine durant leur un peu trop court à mon goût. Le groupe se concentre principalement sur des réinterprétations des pièces de leur excellent opus Love What Survives, paru l’an dernier, tout en s’échangeant claviers et basse allègrement. Bel usage également de deux synthétiseurs modulaires, qui semblent intriguer bien des jeunes amateurs de rap dans la place.

Étienne : De mon côté, ma troisième journée avait commencé avec la chanteuse américaine ABRA. J’ai beaucoup aimé ses différents projets et mes attentes étaient élevées, mais la jeune chanteuse semblait fatiguée et avoir de la difficulté à chanter sur les temps. Il s’agit peut-être d’une simple erreur de parcours pour celle qui chante quand même depuis son plus jeune âge. À part quelques fans conquis d’avance, la foule reste plutôt indifférente, bien qu’elle grandisse à vue d’œil durant la performance. Les bracelets orange, laissez-passer pour la journée de dimanche seulement, se font voir de plus en plus alors que s’entassent les festivaliers pour Dead Obies. 

Tout comme pour Loud, qui suivra plus tard dans la soirée, les membres du groupe règnent en maîtres devant un public qui en redemande. Dead Obies va même jusqu’à pousser la chose en arrêtant Monnaie, pour la refaire lorsque la foule sera plus réchauffée. Le parfum subtil de marijuana qui flottait avant est maintenant remplacé par de la fumée de vapoteuse. Le mosh pit durant Tony Hawk est plutôt maladroit. Je regarde peut-être le groupe de haut, mais je ne peux pas nier qu’il ait réussi à donner aux jeunes ce qu’ils voulaient, Yes McCan ou pas. Idem pour Loud, qui se débrouille encore mieux depuis qu’il a quitté son ancien groupe Loud Lary Ajust. Pour son spectacle extérieur, il pouvait compter sur une chorale de fans bien entassés qui connaissaient chaque syllabe de son dernier album, Une année record.

Bref, après un moment, j’en avais vu assez et j’avais besoin de guitares. J’ai ainsi passé le reste de ma soirée au Montecristo, où la Pabst est un peu chère et où le stock des bands est entassé dans un coin de la salle. Après la très courte file d’attente, je rejoins une trentaine de personnes pour le spectacle de Charly Bliss. Pour la plupart, il s’agit de curieux, de gens qui viennent voir le groupe en attendant d’autres groupes, ou qui ont envie de découvrir un nouveau groupe. Bien installés en première rangée, en plein centre, il n’y a qu’un inconnu et moi qui semblons avoir attendu ce spectacle avec impatience. 

Charly Bliss joue avec une instrumentation rock, oui. Mais à son essence la plus pure, c’est un groupe pop. Les chansons sont toujours très mélodieuses, avec des refrains accrocheurs et des rythmes qui font danser. Ça fait un peu Weezer, un peu Blink-182. Bref, des groupes qui ont connu beaucoup de succès quand j’étais bébé, mais que j’ai écouté pendant mon adolescence. Durant ces quarante minutes passées à sauter de haut en bas et à chanter les paroles avec le groupe, j’avais 15 ans à nouveau. Oui, Guppy, leur premier album, n’est sorti que l’an dernier. Mais Charly Bliss m’a permis de retrouver une partie de moi qui ne peut pas apparemment pas être réveillée par du trap. D’ailleurs, parallèlement, la fin de ce spectacle devait coïncider avec le début de celui de Lil Uzi Vert sur la scène extérieure.

Vient ensuite le projet (Sandy) Alex G, présenté en formule quatuor. Je m’attendais à un spectacle folk bien mollo; les cinq ou six premières chansons vont d’ailleurs dans cette lignée. Très americana, la musique d’Alexander Giannascoli est portée par sa guitare acoustique et par une guitare électrique très propre, quoiqu’un peu réverbérée. Les dernières chansons changent toutefois la donne : on rentre progressivement dans quelque chose de beaucoup plus noise et agressif. Quelques shots de whisky plus tard, Alexander et ses musiciens se défoulent et nous défoulent. Mathieu et moi sommes d’accord qu’il s’agit de l’un des bons spectacles de cette 2e édition du festival Santa Teresa. Pendant ce temps, de nombreux festivaliers sont toujours dans l’attente de voir la tête d’affiche derrière XO Tour Llif3 se présenter sur la Scène extérieure. Le bordel commence à prendre dans le stationnement de l’hôtel de ville.

Mathieu : J’évite l’émeute en allant me réfugier au Cha-cha pour le spectacle d’Hubert Lenoir. Le jeune prodige Québécois, qui semble avoir bien profité de la vodka dans sa loge toute la journée, comme il nous l’annonce d’entrée de jeu, est bien de bonne humeur et ça paraît. Enchaînant les hits sans longueurs, lui et son groupe laissent toute la place au plaisir et à la danse, se permettant même quelques détours par des improvisations jazz senties et une finale en forme de mash-up de I Will Always Love You et Good Ridance (Time of your Life) qui marche étonnamment bien. Comme je dis souvent: « Anyway, dès qu’il y a du saxophone, c’est sûr que c’est bon. » Comme Epic Sax Guy genre.

Étienne :Après une pause à la salle média, je reviens au Montecristo pour essayer d’attraper un bout de Fucked Up avant que mon lift ne parte. Mission difficile, puisque comme un saumon qui tente de remonter le courant, je dois faire face à un barrage de festivaliers déçus qui quittent le site sans avoir vu leur rappeur préféré en sens inverse. Même si le groupe punk canadien commence vingt minutes en retard et que je ne réussis à attraper que deux chansons avant de partir, je peux quand même dire que j’ai passé une très belle soirée. Mon expérience en cette troisième et dernière journée aura donc été bien meilleure que celle de la majorité des festivaliers, des gardes de sécurité débordés sur la Scène extérieure, des propriétaires de l’équipement renversé dans l’émeute, des organisateurs qui se réveillent aujourd’hui avec tout un mauvais hangover, des responsables des médias sociaux du festival qui se font tirer à boulet rouge sur toutes les plateformes et de tous ceux qui devront ramasser un Sainte-Thérèse pas mal amoché.


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