Éditorial : La peur du 4e pouvoir

01 février 2019 publié par Camille Foisy

Éditorial : La peur du 4e pouvoir

Dans la volée du mouvement des gilets jaunes, on remet en question de plus en plus le pouvoir des médias ; sont-ils uniquement des produits de l’élite, sont-ils neutres ou encore oublient-ils de couvrir les enjeux qui rejoignent certains groupes marginalisés ?

Une étude conduite par Kandar pour le média français La Croix et publiée il y a quelques semaines souligne justement cette perte de confiance. Dans cette étude, la radio obtient seulement 50 % du niveau de confiance de la population, la presse écrite ; 44%, la télévision ; 38% et internet seulement ; 25%. Bien que cette étude ait été réalisée en France, certains groupes refusent également d’accorder des entrevues aux médias au Québec, et ce, peu importe leur appartenance.

Je suis donc dans l’impression qu’une petite mise au point est requise. J’ai la forte conviction que d’arrêter de croire en ce qu’on appelait autrefois les « chiens de la démocratie » affecte certainement notre démocratie. Refuser de croire les médias c’est oublié la mise en confrontation d’idées dans un même texte, c’est dire au revoir aux opinions d’expert pour critiquer le pouvoir en place, c’est négliger l’objectif principal des médias d’être le lien entre le pouvoir et le peuple pour aider la société à orienter son vote dans notre système politique.

Est-ce que les médias sont tout de même critiquables ? Certes. Certains médias de masse sont la propriété de directeur d’entreprise ce qui peut effectivement teinter la ligne éditoriale de certains journaux. Or, ce n’est rien comparativement au début du 20e siècle où la majorité des médias appartenaient à des partis politiques ou même, plus récemment, à certains blogueur.se.s qui se font payé.e.s par des entreprises pour « critiquer » leur produit.

 

La priorité à l’opinion

Plusieurs journalistes se sont attardé.e.s sur la question pour comprendre ce qui causait ce manque de confiance. Certain.e.s blâment la course aux primeurs tandis que d’autres accusent les entreprises qui tirent les ficelles des différents médias (allo Québécor). Dans mon cas, je crois que le problème réside dans l’apologie de l’opinion.

Les médias d’information et la propriété intellectuelle n’échappent pas à la mode d’une époque où la consommation est rapide et éphémère. Entre métro, boulot, dodo, les citoyen.ne.s n’ont pas le temps de réfléchir à nos grands enjeux de société. Ils-elles attendent alors qu’on leur offre sur un plateau d’argent une vidéo Facebook avec des arguments tout faits pour expliquer ce qu’ils-elles devraient penser.

Les entreprises de presse sont bien au courant du phénomène. La majorité privilégie alors la chronique aux textes classiques, parce que c’est ce qui attire le clic. Alors, comment croire qu’un média n’a aucun biais lorsque ce qu’on nous enfonce dans la gorge comme citoyen.ne ce sont des textes d’opinion à la pelletée ?

Je comprends et partage cette crainte de la promotion d’une information ouvertement subjective. J’ai par contre toujours de la difficulté à saisir pour quelle raison il faudrait privilégier le live Facebook du voisin aux chroniques de journalistes de formation qui risquent de se faire lapider sur la place publique s’ils-elles osent répandre une fausse nouvelle qui nuit à un groupe ou une personne.

Je n’ai pas de solution miracle pour la perte de confiance en vers les médias. Je la comprends certainement, mais je crois que de se fier uniquement aux réseaux sociaux comme le suggèrent certains groupes d’envergure est bien pire. Devrons-nous donc attendre que les robots prennent le pouvoir et s’occupent de produire les textes de nouvelles pour nous ?


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