Éditorial : Entre victime et porte-voix

10 juillet 2020 publié par CHOQ.ca

Éditorial : Entre victime et porte-voix

Une vague de dénonciation d’agressions sexuelles déferle présentement sur les réseaux sociaux, majoritairement sur Instagram. On y dénonce des youtubeurs, des tatoueurs, des musiciens et j’en passe. Beaucoup sont issues de la scène underground ; une scène dont il est de notre mandat de couvrir et de laquelle beaucoup de nos auditeurs et auditrices sont intéressé.e.s. Bref, il devient donc d’intérêt public pour CHOQ.ca, ainsi que pour notre conscience, de couvrir ce genre d’histoires. 

Mais couvrir des cas d’agressions sexuelles, en tant que journaliste, quand on est soi-même victime, c’est pas facile. Croyez-moi.

Mon travail, à CHOQ.ca, c’est de décider de tout ce qui sera publié dans notre section Reportages. Chaque jour, je dois proposer des sujets à couvrir à nos collaborateurs et collaboratrices, corriger des reportages et moi-même en faire. Comme nous ne sommes pas encore dans le futur et la rédaction d’articles se fait toujours par des êtres humains, j’arrive devant mon écran, prête pour la rédaction, avec mon propre bagage.

Vous comprendrez donc que le lundi 6 juillet, c’était mon travail de me demander comment je devrais couvrir la vague de dénonciation. 

Même si ça va faire un an ce mois-ci que j’ai vécu pour la deuxième fois une agression sexuelle? Oui. Même si j’ai passé la fin de semaine à lire et relire des textes sur des histoires comme les miennes? Même si je digère encore mes propres sentiments par rapport aux dénonciations et je considère moi-même y participer? Même si j’ai peur des commentaires au bas de notre publication ou de mes collègues qui pourraient encourager la culture du viol ? Oui, oui et oui.

Parce que c’est mon travail de couvrir des sujets d’intérêt public. Parce que c’est notre obligation en tant que média indépendant de parler de ce que les médias de masse sont trop frileux de couvrir. Parce que si je ne le fais pas, qui va le faire et qui va le faire bien?

D’un côté, j’ai conscience de tout le poids et des raisons d’être de l’éthique journalistique et de la “neutralité” de certains médias face à la présente situation. De l’autre, j’ai envie de faire autrement.

J’ai envie de condamner sur la place publique les violeurs et prédateurs qui ont fait souffrir tant de fxmmes. J’ai envie d’abolir les conventions et les gants blancs dans un monde post-me too, parce que de faire attention aux mots qu’on utilise comme média pour se mettre à l’abri de poursuites pour atteinte à la réputation, c’est de contribuer à un système judiciaire patriarcal qui décourage les fxmmes de dénoncer leur agresseur. 

Ça faisait plusieurs semaines que je réfléchissais à une manière de parler de la couverture médiatique du mouvement Black Lives Matter et des violences policières. Je me trouvais (et me trouve encore) imposteur en tant que femme blanche cisgenre et hétérosexuelle de critiquer la façon dont les médias encouragent un système raciste et homophobe en optant pour une couverture journalistique neutre. 

Aujourd’hui, c’est de moi qu’on parle dans les journaux, ce sont des histoires comme les miennes que d’autres journalistes, s’identifiant comme femme pour la plupart, racontent de manière froide et détachée. 

Ça me fait réfléchir à comment ça doit être épuisant comme journaliste issu.e.s de minorités culturelles et/ou sexuelles et de se faire dire: «  Toi, tu es [insérer toute autre identité qu’un homme cisgenre hétérosexuel blanc], va couvrir une situation dont tu es également la victime. » Donc, mets-toi à risque de non seulement revivre des traumatismes passés, mais également d’être fusillé de commentaires dégradants après la publication de ton article. J’ai peur qu’il m’arrive la même chose.

Depuis la fin de semaine dernière, j’ai une boule au ventre, parce qu’en plus de ne pas savoir quoi faire avec mes histoires, je ne sais pas ce qu’est mon rôle de journaliste. J’ai envie d’être avec les autres victimes, de lever mon poing et de me servir de ma plateforme pour dire “yes, all men”. J’ai aussi envie de suivre les règles d’éthique journalistique qu’on m’a apprises sur les bancs d’école et de faire un “bon travail”. Dans le fond de moi, j’ai aussi envie de crier pis de pleurer pour toutes ces fxmmes qui, comme moi, se font museler lorsqu’elles racontent leur agression. 

Aujourd’hui, j’ai envie de dire à toutes les victimes : on vous croit. L’heure de la neutralité et de la passivité journalistique est révolue. 


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