Travail du sexe en temps de crise: une communauté ignorée

24 avril 2020 publié par Charlotte Poitras

Travail du sexe en temps de crise: une communauté ignorée

La pandémie de la COVID-19 a poussé plusieurs personnes à arrêter de travailler, notamment afin d’assurer une bonne distanciation sociale. Mais que font les travailleurs et travailleuses du sexe qui ont habituellement un contact physique intime avec leurs clients? 

Le Projet Intervention Prostitution Québec (PIPQ) recommande aux travailleurs du sexe de cesser de travailler en contact direct avec les clients, ce qui entraîne plusieurs problèmes financiers. Julie Lederman, une intervenante du PIPQ, conseille alors de se tourner vers d’autres options pour ceux et celles qui veulent toujours travailler. 

D’autres organismes comme Maggie’s à Toronto ont également offert des cours en ligne pour aider les travailleur.se.s du sexe à offrir des services par webcam et créer du contenu qu’ils pourront ensuite vendre en ligne. Rosalie*, une femme qui travaillait comme escorte à temps plein depuis quatre ans, a elle aussi dû adapter sa façon de travailler pendant la crise pour se protéger non seulement elle, mais aussi ses proches qui sont immunosupprimés. Elle offre maintenant des services en ligne en vendant des photos sur OnlyFans, comme les organismes le conseillent. Par contre, comme plusieurs travailleur.se.s du sexe, Rosalie n’est pas éligible au chômage ni à la Prestation canadienne d’urgence.

Dans ce cas, le PIPQ recommande aux travailleur.se.s du sexe de se tourner vers les demandes d’aide de dernier recours: le Programme d’aide social. Par contre, si la pandémie continue, les travailleurs et travailleuses du sexe n’auront pas le choix de recommencer à travailler ou faire face à encore plus de difficultés financières. Ça n’aura pas des conséquences uniquement sur les travailleuses du sexe, mais aussi sur leurs proches, comme l’explique Julie Lederman. 

Rosalie envisage aussi de recommencer à travailler comme escorte si la pandémie continue. Cela va surtout dépendre des lois alors qu’elle s’inquiète que les policiers aient de plus en plus de pouvoir et que les citoyens, moins de libertés. Le problème devient encore plus important alors qu’elle risque de manquer la saison la plus achalandée de l’année pendant l’été. Dans ce cas, comment se protéger quand on doit entrer en contact physique intime avec sa clientèle? 

Butterfly Asian and Migrant Sex Workers Support Network et Maggie’s Toronto Sex Workers Action Project ont également conçu un guide pour aider les travailleurs et travailleuses du sexe pendant la pandémie. Ils recommandent à ceux qui doivent encore travailler de ne pas accepter les clients à risque d’avoir été contaminés, éviter tout contact avec la bouche, préférer des positions sexuelles où les visages sont éloignés et offrir des alternatives comme un message érotique ou un striptease. Alors que Rosalie a surtout besoin d’aide financière, sa communauté reçoit d’autres types d’aide comme des dons en nourriture et du support émotionnel pour leur permettre de passer à travers la pandémie. 

Le PIPQ demeure ouvert pour répondre aux besoins essentiels des personnes qui oeuvrent dans l’industrie du sexe. Même si l’organisme ne peut pas offrir de gants et de masques pour le moment, le PIPQ offre de l’aide alimentaire et du gel désinfectant. Il essaie aussi d’obtenir des montants d’argent et des subventions pour pouvoir aider les travailleurs et travailleuses du sexe qui se trouvent dans une situation plus précaire. Même si sa communauté reçoit du support, Rosalie voudrait aussi recevoir de l’aide du gouvernement. 

Julie Lederman encourage d’ailleurs le gouvernement à réfléchir sur les raisons pour lesquelles les travailleurs et travailleuses du sexe ne déclarent pas leur revenu.

Même si les travailleurs et travailleuses du sexe ne peuvent pas être incriminé.e.s leur propre travail, la loi C-36 criminalise tout ce qui l’entoure: l’achat de services sexuels, la publicité de services sexuels et le proxénétisme. Claudyne Chevrier de Sex Workers of Winninpeg Action Coalition expliquait à Radio-Canada que les travailleurs et travailleuses du sexe ne déclarent pas leurs revenus de peur d’être stigmatisés ou pour protéger leur clientèle. 

Plusieurs organismes viennent en aide aux travailleurs et travailleuses du sexe en ce moment. On pense par exemple à Stella à Montréal, le PIPQ dans la ville de Québec et le PiaMP qui vient en aide aux jeune de 12 à 25 ans qui échangent des services sexuels contre toute forme rémunération. Ces organismes offrent encore leurs services essentiels, des services d’écoute et d’accompagnement, des dons en nourriture et des outils pour se protéger, en plus d’un fond d’urgence dans le cas du PiaMP. Stella partage également un guide d’aides financières qui pourraient être offertes aux travailleur.se.s du sexe admissibles. 

*Un nom fictif a été utilisé pour préserver l’anonymat de la travailleuse du sexe.


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