L'isolement, l'ennemi des victimes de violence conjugale

27 mars 2020 publié par Laurence Taschereau

L'isolement, l'ennemi des victimes de violence conjugale

Le gouvernement Legault annonce qu'il débloque un fonds de 2,5 millions afin de venir en aide aux victimes de violence conjugale, en réponse aux préoccupations des experts inquiets de l'augmentation des cas dans les foyers.

Plusieurs criminologues prévoient une diminution générale de la criminalité dans les prochaines semaines, voire les prochains mois, comme l’explique Claudine Simon, criminologue spécialisé en violence conjugale depuis 20 ans.  Cependant, les crimes commis dans l’intimité des maisons seront à la hausse, considérant que les femmes et enfants se voient obligés de rester avec leurs agresseurs en permanence suite aux directives émises par la santé publique.

 

Des études menées en Chine et en Italie confirment les inquiétudes déjà existantes quant à l’augmentation des cas de violence conjugale en temps de pandémie. Mathilde Trou, coresponsable des dossiers politiques et chargée des communications pour le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale explique qu’il y a deux tendances qui se dessinent actuellement au Québec, les deux tout aussi inquiétantes : une augmentation des appels à l’organisme SOS-Violence conjugale dans certaines régions du Québec et un arrêt complet des appels dans d’autres régions. Dans les deux cas, cela indique une détresse grandissante.

 

L’incertitude et la peur peuvent, entre autres, expliquer pourquoi la pandémie serait un facteur d’augmentation du nombre et de l’intensité des actes violents dans les foyers. 

 

Les maisons pour les femmes victimes de violence conjugale sont considérées par le gouvernement comme un service essentiel et demeurent donc ouvertes. Mathilde Trou assure que les mesures sont prises pour que les femmes et enfants soient protégés autant de leur agresseur que de la propagation du virus. Cependant, les maisons qui servent de refuges sont pour la plupart au maximum de leur capacité d’accueil, considérant que plusieurs ont choisi de garder une chambre libre pouvant servir de chambre d’isolement en cas de nécessité.  Le besoin d’alternatives pour les femmes qui désirent fuir une relation violente devient évidemment encore plus urgent au moment où les options de fuites se resserrent.

Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale travaille présentement à mettre en place des maisons de transition dédiée spécifiquement aux femmes et enfants ayant contracté le virus ou étant à risque de l’avoir contracté. L’organisme tient à être clair que la menace du virus ne doit pas être un obstacle supplémentaire à la sécurité des victimes de violence conjugale et travaille conjointement avec le gouvernement afin de mettre en place des mesures rapidement. Un fond d’urgence a d’ailleurs été débloqué et distribué à plusieurs organismes dont le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. Le fonds d’urgence de 2.5 millions bénéficiera d’ailleurs au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale et à d’autres organismes venant en aide aux victimes.

Pour Claudine Simon, une attention particulière devrait également être portée vers les interventions policières qui seront appelées à changer, comme c’est déjà le cas dans certains pays dont la situation de la crise est plus avancé où les forces de l’ordre doivent agir comme agents de contrôle de confinement. La criminologue suggère que le système policier, qui vit déjà une réorganisation majeure avec la fermeture des postes de quartiers, devrait mettre sur pied une unité spéciale avec un protocole clair d’intervention pour les cas de violence conjugale en temps de pandémie.

Rappelons que la violence ne se manifeste pas seulement par de la violence physique, mais également par de la violence psychologique, comme l’explique Mathilde Trou qui craint que le harcèlement puisse s’accentuer et avoir de graves conséquences à mesure que le confinement se prolonge.

Une fois la crise terminée, la criminologue Claudine Simon est confiante que le système déjà en place pour venir aide aux victimes de violence conjugale sera renforcé et un réseau d’aide plus consolidé résultera des importants efforts de concertations entre tous les acteurs qui œuvre à soutenir les victimes en cette période d’isolation.

 

Crédit photo : David Von Diemar via Usplash


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