FNC : le désir à l’âge de la transparence

11 octobre 2019 publié par Gabrielle Ricard

FNC : le désir à l’âge de la transparence

À l’aube de ses 47 ans, Marina de Van nous offre Ma nudité ne sert à rien, un documentaire-choc qui la pose en sujet principal d’un questionnement sur son âge, sur son corps qui la fascine et l’emprisonne et sur son désir qui semble lui échapper sans cesse.

La réalisatrice demeure fidèle au thème de la limite entre le réel et l’imaginaire dont elle a le secret. On y retrouve d’ailleurs un clin d’œil à son premier long métrage, Dans ma peau (2004).

Dans ce film, Marina de Van nous offre de façon honnête une fenêtre sur son quotidien. Au centre de son univers, un lit toujours défait dans un appartement bordélique qu’elle habite seule avec sa chatte, Nisar, qui tient un rôle important dans l’oeuvre. En arrière-plan, un téléviseur qui diffuse CNN sans interruption, un océan de vêtements et un cellulaire d’où lui provient l’écho de ses déceptions amoureuses. Tout au long du documentaire, nous sommes invité.e.s à la suivre dans ses rencontres virtuelles et ses rendez-vous galants qui jamais ne la satisfont.

Si ce film est incontestablement féministe parce qu’il déconstruit l’image de la femme dans une société patriarcale, j’ai toutefois sursauté en entendant la protagoniste demander à son rendez-vous de payer au restaurant, par galanterie, parce qu’elle est une femme et qu’il est un homme. Si cette attitude n’est pas déplacée en soi, j’aurais voulu une vision plus radicale des rapports hommes-femmes, une vision égalitaire où un concept archaïque comme la galanterie n’est pas au menu.

À la suite d’une visite dans la famille de son frère, qui a deux enfants en bas âge, la narratrice confie se sentir étrangère à tout cela, comme un « cloporte kafkaïen, comme un mille-pattes intergalactique ». Cette solitude et ce décalage sont présents tout au long du film, autant par l’effet des scènes longues et presque fixes que par l’ajout d’une musique lancinante, voire dérangeante. Les vibrations du violoncelle et les jeux de lumières présentant longuement un corps immobile nous forcent à vivre ce questionnement existentiel avec elle, et si cela a m’a paru long à certains moments, il m’a semblé que c’était également nécessaire.

Dans ce contexte chargé, le fait qu’à la fin du film, où un voyage hors de Paris donne à Marina un renouveau semblant effacer les angoisses où elle nous a longuement immergé.e.s m’a déplu. J’aurais voulu demeurer jusqu’à la fin dans cette latence solitaire qu’on venait de m’apprendre à apprivoiser.

La nudité présentée dans ce documentaire n’est pas celle que l’on est habitué.e.s de voir dans les films et encore moins dans la pornographie. C’est une nudité forte, qui refuse de s’excuser, sans prétention, qui s’impose à nous, que l’on reçoit en plein visage, que l’on scrute dans les moindres replis, cicatrices et vergetures. C’est un corps vieillissant dont Marina de Van essaie de mesurer la « portée érotique », c’est « toute cette chair qui ne l’aime pas », c’est à la fois son carcan et sa carte de visite dans ce monde où elle ne se reconnaît plus.

C’est ici que j’ai envie de lui dire : ta nudité m’a servi à quelque chose, moi. Elle m’a fait voir tout ce qu’il y a de beau dans l’ordinaire. Pas l’ordinaire fake du cinéma, bien maquillé, bien habillé. L’ordinaire nu, celui que l’on cache à tout prix, celui que l’on est malgré nous et que l’on se perd à détester.

Crédit photo : Marina de Van


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