FME: Festival du Malt Émergent

03 septembre 2019 publié par Estelle Grignon

FME: Festival du Malt Émergent
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Avant de partir pour mon premier voyage au Festival de musique émergeante en Abitibi-Témiscamingue, on m’avait avertie de quelques affaires. D’abord, certains me disaient qu’il s’agissait probablement du festival le plus délirant de la saison. À ce sujet, j’ai attrapé quelques artistes avec mon enregistreuse pour qu’ils m’expliquent ce qui fait du FME un événement si spécial. Leurs réponses sont dans le podcast qui accompagne l’article. Mélanie Venditti parle même de Doris, héroïne des navettes gratuites qui parcourent le festival.

Par contre, on m’avait aussi avertie qu’il s’agissait d’un gros party où le malt coule à flots, que je vivrais quatre jours de vin, Sleeman et rock'n'roll.

J'arrive pis je suis déjà brûlée

Je suis assez chochotte en voiture pour stresser devant la route Québec-Montréal. Vous imaginez l'angoisse que j'ai ressentie lorsque j'ai compris l'ampleur du trajet qui m'attendait. C'est un gros poids qui tombe de mes épaules quand j'arrive saine et sauve après près de neuf heures dans un autobus. Vous comprenez aussi que j’ai pris mon jeudi mollo, avec un simple détour pour voir les Sœurs Boulay.

C’est vendredi que le fun commence. D’abord, rendez-vous dans une cour arrière pour un pool party en début d’après-midi. J’arrive juste à temps pour attraper la majorité du spectacle donné par P’tit Belliveau et les Grosses Coques à un bout de la piscine et pour attraper un premier verre de vin blanc. J’ai vu le groupe des milliers de fois dans la dernière année et, pourtant, je ne me tanne jamais de leurs concerts. 

Plus tard dans la journée, c’est Laurence-Anne qui me fait vibrer, et pas à peu près. Dans le petit local de la scène Évolu-Son, rempli d’algues pour l’occasion, elle rappelle pourquoi Première apparition est dans la course pour l’album de l’année depuis février. L’autrice-compositrice-interprète en profite aussi pour jouer une nouvelle chanson, Accident. J’avais jamais pensé à ce qui arriverait si Laurence-Anne virait punk avant ; mais voilà : si Laurence-Anne vire punk sur son prochain album, ça va être solide.

Au-delà des riffs de guitare, les pièces sont transportées par des percussions organiques et des sifflements qui rappellent les oiseaux. Après le spectacle, je jase avec Laurence-Anne. Je lui dis qu’elle fait de la musique pour les gens qui chassaient les grenouilles dans le champ derrière chez eux. Je lui demande si elle a déjà tenu une couleuvre dans ses mains. Je ne me souviens pas de sa réponse, je crois qu'elle a juste ri. Mais sa facture musicale me laisse présager qu’elle l’a sûrement fait. Mon envie d’avoir un iguane à mon appart gonfle un peu plus.

Descente aux enfers

À ce moment de ma soirée, j’ai déjà mélangé toutes les sortes d’alcool possibles. Je vais voir Philippe Brach jouer un spectacle « Hommage à Philippe Brach » quand ma collègue Marie-Ève me texte pour me dire qu’Audiogram donne de l’alcool gratuit dans un stationnement. Et là, ça dérape. J’accumule les verres de vin blanc, comme pour me faire des réserves pour le reste de la soirée. Apparemment, j’ai vu le groupe Victime vers minuit. Apparemment.

Une vraie débutante.

Je me réveille le lendemain avec tous les regrets du monde. Je pense à toutes les publicités d’Éduc-Alcool que j’ai ignorées ce soir-là. Motivée par mes maux de ventre et de tête, je décide de prendre une direction différente pour ma journée de samedi : et si je buvais de façon responsable cette fois?

Wow. La révolution. Incroyable.

Pourquoi je n’y ai jamais pensé avant?

Et qu’on se comprenne : j’ai passé une bonne partie de ma soirée de débauche avec des gens sur la débauche. En ce samedi soir, je suis avec plusieurs de ces mêmes personnes qui, eux, sont encore sur la débauche. Être raisonnable semble un concept nouveau ici.

Et, dans un revirement de situation inattendu, cette version modérée du FME est tout aussi plaisante, sinon plus.

Festival de la modération excellente

Envie constante de vomir oblige, ma troisième journée de spectacles à Rouyn commence plus tard. Je me permets une raisonnable consommation d’alcool autour de 20 h avant d’aller voir Alaclair Ensemble sur la scène extérieure aménagée en pleine rue. Oui, j’aurais aimé que le groupe joue plus de ses vieux succès. Oui, j’aurais aimé que Maybe Watson soit disponible pour être sur scène ce soir-là. Mais mon Dieu que j’ai du plaisir! Les nouveaux albums d’Alaclair contiennent beaucoup de grosses chansons et la foule nombreuse le reconnaît. Le party est pogné, comme on dit.

Quoi de mieux donc que d’aller s’enfermer dans l’Agora des Arts pour voir la fin du spectacle d’Half Moon Run? La mise en scène est belle, les musiciens sont bons, mais je crois que je n’ai tout simplement pas trop d'intérêt pour le groupe. Ça arrive, c’est correct. Mes amis me disent qu’ils ont adoré, alors c’est peut-être juste moi qui suis dans le tort. On se tourne ensuite vers le spectacle de Koriass. Je perds presque tout mon monde et passe le concert avec une nouvelle amie. Je ne connaissais pas cette Ophélie avant ce soir, mais on tisse des liens. On commence par danser de façon ironique, comme si on était trop cool pour ça. Puis on se rend compte qu’on a du plaisir pour vrai. Enfant de l’asphalte, c’est encore une chanson solide finalement, presque 10 ans plus tard.

Du volume plein les tympans

On attrape un bout du très chouette duo Heartstreets avant d’aller se faire varger dans les oreilles par Atsuko Chiba - ou Boom Atchika Boom, comme les appelle une de mes amies qui est loin dans sa dérape. Avec ses projections psychédéliques et son volume crinqué au max, la formation de Montréal se surpasse sur scène. On trouve des influences de post-rock, de shoegaze, d’expérimental, de punk. Et ça s’écoute drôlement bien. Mes amis saouls adorent. J’adore aussi. Même résultat pour le concert de zouz, qui finit ma soirée au petit pub la Perdrix. Je suis à une distance de bras de la cymbale et j’ai peur qu’une baguette m’explose à la figure tant Francis Ledoux varge fort. J’en viens à me demander combien ça lui coûte par année pour changer les morceaux de sa batterie. Les gars jouent fort et avec brio. Du grand art.

Arrive dimanche. Je ne suis pas en lendemain de veille cette fois-ci, mais la fatigue me rattrape. Durant la journée, je parle avec des bénévoles autant qu’avec des collègues journalistes et tout le monde semble fonctionner au ralenti. On dit souvent qu’un festival de plusieurs jours, c’est comme un marathon ; au FME, tout le monde essaie de faire 42 kilomètres au sprint, ça se peut que les derniers 200 mètres soient plus lents. Je prends le temps de bien manger pour une fois dans mon weekend dans un restaurant local avec Marie-Ève et on va voir le duo doux de Dany Placard et Julie Doiron. Durant le spectacle, Placard explique avoir monté ce spectacle-là parce qu’il aimait trop le festival et qu’il voulait faire plus de concerts pour rester plus longtemps.

Au final, je n’ai pas tout attrapé ce que pouvait m’offrir le festival. Soit j’ai manqué des événements parce que j’étais ailleurs, soit j’ai assisté à des spectacles sans m’en souvenir. Mais j’ai appris des choses. J’ai appris que Naya Ali était un nom à surveiller de près dans le rap game québécois. J’ai appris que les gens de Rouyn-Noranda sont super gentils et qu’ils aiment leur équipe de hockey junior sur un moyen temps. J’ai appris d’une fille qui voulait de quoi allumer sa clope que le meilleur Tim Hortons du Canada se trouvait juste à côté du site. Et surtout, j’ai eu la preuve que oui, le FME, c’est un des meilleurs festivals au Québec.

Le meilleur? J’en ai encore quelques-uns à cocher dans ma liste au moins une fois. Mais il est très haut, c’est sûr.


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