Être féministe et raélienne, c'est possible ?

27 août 2018 publié par Camille Foisy

Être féministe et raélienne, c'est possible ?

Ce dimanche, 26 août, avait lieu le GO Topless Day, comme chaque année. Et comme chaque année, des femmes de partout dans le monde se réunissaient pour enlever leur chandail et se joindre à la masse d'hommes qui ressentent le besoin de se promener en "chest" en grande chaleur. En l'honneur de la journée de l'égalité des femmes, célébrée aux États-Unis pour commémorer l'accès au droit de vote au niveau fédéral de la gent féminine, on invite la populace à dévoiler leur poitrine et militer pour désexualiser cette région du corps. Jusque là tout va bien. Je suis la première à vous encourager. Vous êtes belles, vous êtes bonnes, vous êtes courageuses et il est aberrant qu'en 2018 on sente encore le besoin de différencier des mamelons selon le genre d'une personne. On objectifie et sexualise les femmes à la moindre occasion et c'est ridicule, mais ça, c'est pour un autre débat.

Ce qui m'intéresse ici c'est les fondements de cet événement, l’origine. Ce sera une surprise pour certain.e.s, cette journée est organisée par les raéliens. Oui, oui la secte fondée par Rael qui croit que «des scientifiques d'une autre planète sont venus sur terre et y ont créé toutes formes de vie, y compris les êtres humains, qu'ils ont créés à leur propre image.» Croyez ce que vous voulez, rien ne vous empêche de supporter l'égalité des genres, et je serais une féministe de mauvaise foi si je soutenais le discours contraire.

Par contre, en tant que militante, on se doit de prendre la peine de s’informer sur les origines d’un mouvement ou d’une organisation avant de l’encourager. C'est comme acheter un T-Shirt "Je suis féministe" dans une entreprise qui exploite les femmes au Cambodge. C'est contre-productif. Alors, j'ai laissé le bénéfice du doute à Rael et ses comparses en jasant avec Denise Belisle responsable de Go Topless Day à travers le Canada.

Mon premier gros frein à donner mon appui à cet événement, c'est le fait qu'il a été fondé par un homme. C’est Rael qui, en 2007, a décidé que la société avait besoin d’une journée pour défendre le droit des femmes de ne pas porter de chandails. Donc, il a fallu qu'un homme dise aux femmes de sa secte «Hey les girls finalement j'ai regardé ça pis je suis d'accord que vous vous promeniez nue-boule.»

Les femmes n'ont pas besoin de sauveurs mais bien d'alliés. Qu'une femme raélienne soit à l'origine du mouvement aurait rendu le tout beaucoup plus légitime, mais qu'un homme sente le besoin de dire aux femmes qu'une journée sera spécifiquement réservée à militer contre leur sexualisation c'est de jouer le jeu d'une société patriarcale qui dicte aux femmes quoi faire et ne pas faire.

Aussi encourageants et rempli de bonnes intentions qu’un homme puisse être dans le mouvement féministe, sa job d’allié et de priviligié c’est de laisser la place au groupe opprimé de prendre la parole. Bref, voici ce que Mme Belisle m'a répondu lorsque je lui ai demandé de me parler des origines de Go Topless day.

Il faut également savoir que Rael, qui est à l'origine du mouvement, a été la cible par plusieurs allégations d'agression sexuelle. Parmi les victimes, on peut entre autre y compter certaines de ses ex-femmes, comme Marie-Paul Cristini qui, en 2003, a dévoilé au Daily Mail son historique d'abus de son ex-mari ou encore Sophie de Niverville qui a été unie par les liens sacrés du mariage à 16 ans à l'homme de 71 ans (55 ans à l'époque). Bien qu'aucune accusasion n'ait été portée, reste que le simple doute qu'une personne soit à l'origine d'agression sexuelle est amplement suffisant pour me décourager de supporter un tel mouvement.

Voici la réponse complète de Denise Belisle lorsque j'ai adressé le sujet.

Cette dernière réponse néglige toute la pression et la manipulation psychologique que subissent les personnes qui sont prises dans une relation d'abus psychologique et/ou physique. Phénomène qui a été prouvé à multiples reprises dans différentes études en lien avec la violence conjugale comme celle de la chercheuse, Diane Prud'homme.

Malgré tout, Go Topless reste pertinent et a lieu d'être dans notre société qui réprime encore les femmes. Il faut seulement savoir être pleinement conscient de tous les éléments en jeu lorsqu'on participe aux manifestations d'un mouvement. Bien que l'organisatrice soit remplie de bonnes intentions, il faut savoir qu'il existe aussi d'autres mouvements qui ont le même objectif comme Free the Nipples. Les deux groupes travaillent pour la majeure partie du temps conjointement lors de la journée d'égalité des femmes.

Évidemment, ce ne sont que les propos d'une personne. Bien que Denise Belisle soit en charge au Canada, il se peut qu'elle parle à travers le chapeau de ses opinions personnelles. Pour investiguer plus le mouvement, j'ai décidé de me présenter au Monument George-Étienne Cartier situé au Mont-Royal ce dimanche pour discuter avec les manifestantes.

L'événement devant prendre place de 13h à 16h, je me suis présentée sur les lieux à 14h, pour laisser le temps à tout le monde d'arriver voyez-vous, mais silence radio. J'ai fouillé les inter-web pour trouver une raison pour laquelle de 14h à 14h45, il n'y avait personne pour nous flasher sur le Mont-Royal, mais encore une fois je suis restée sans réponse. Même l'événement facebook à disparu. Peut-être que la température n’était pas assez clémente pour laisser ses tities à l’air libre, mais ce n'est certainement pas un manque d'intérêt des femmes qui a freiné l’événement, puisque les deux dernières années ont été fructueuses.

Comprenez moi bien ici. Go Topless Day a une portée et un impact positif sur les femmes du monde entier en les invitant à se réapproprier leurs corps. C’est bien. Par contre aussi noble un mouvement soit-il, il n’est pas à l’abri d’un historique qui l’est beaucoup moins.

Crédit photo : Reuters


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