Éditorial : voir au-delà du voile

21 juillet 2019 publié par Idil Issa

Éditorial : voir au-delà du voile

Parmi tous ceux et toutes celles qui ont écrit, discuté, débattu, été sur les ondes pour commenter le projet de loi 21, on a laissé peu de place à celles qui semblaient plus directement touchées par la nouvelle législation : les femmes musulmanes québécoises. Donner une tribune à l'une d'entre elles nous semblait primordial au travers du chahut médiatique que le projet de loi a laissé dans son sillage. C'est pourquoi nous avons demandé à la vice-présidente de la Fondation Paroles de femmes Idil Issa de nous écrire un court éditorial sur l'adoption de la loi 21 en tant que femme musulmane portant le voile. Avec l'accord de Mme Issa, nous vous proposons une traduction libre de son texte en français, suivi du texte original en anglais.

« Vivre au Québec constitue dorénavant une dure épreuve pour les femmes musulmanes. En plus des défis du quotidien, nous faisons face à des obstacles reliés à nos choix les plus intimes. En dix ans, les discussions concernant les accommodements religieux, la laïcité et la place des soit-disant signes ostentatoires en public sont passées des accrochages mineurs sur les options alimentaires halal, par exemple, à un débat ouvert qui divise la population sur les valeurs sociales. Les alliés politiques se font rares ; le premier ministre manitobain, Brian Pallister, représente une des voix solitaires qui s’oppose ouvertement à la loi 21. Être des orphelines politiques au sein d’un débat polarisant fait en sorte que les femmes musulmanes sont plus à risque de vivre de l’abus verbal, de la discrimination sur le marché du travail et, parfois, des agressions physiques. 

La cause des femmes musulmanes, voire celle des autres minorités religieuses, affectées par la loi 21 n’en est pas une populaire ; la réputation de l’islam a été ternie aux yeux de l’Occident depuis les attentats de septembre 2011 et les musulmans pratiquants ont souvent été mis, à tort, dans le même panier que les groupes minoritaires terroristes. Examiner tous les angles géopolitiques, historiques ainsi que la couverture médiatique constitue une tâche monumentale ; il ne faut pas s’étonner que beaucoup de femmes musulmanes d’ici souffrent d’épuisement. Elles sont constamment sollicitées par les médias pour qu’elles se prononcent sur les multiples projets de loi que l’on dit laïques mais qui sont en fait conçus pour limiter leurs droits inaliénables - on les entend, mais on ne les écoute pas. Plusieurs d’entre elles ont raconté comment elles ont choisi de porter des habits religieux de leur propre chef ; plusieurs d’entre elles ont expliqué qu’elles font partie de familles mono-parentales menées par des femmes. Là encore, les rengaines fatiguées à propos de la dominance et le contrôle masculins sont souvent remâchées ; l’idée que la femme puisse être à la fois libérée et musulmane demeure inconcevable. 

L’adoption de la loi 21 signifie que les femmes musulmanes québécoises doivent affronter une nouvelle réalité au sein de laquelle leurs libertés fondamentales sont limitées. Que la Charte des droits puisse être contournée dans le but d’y enchâsser le concept nébuleux de la laïcité est dérangeant. De voir arriver le jour où un membre d’une minorité religieuse au Québec ne peut plus travailler dans certains établissements nous ramène au temps des régimes discriminatoires. Les faibles contestations de la part de l’appareil politique dans ce contexte sont inquiétantes ; une atteinte à nos droits fondamentaux ne doit jamais être prise à la légère. Avec la récente décision de la Cour supérieure du Québec de refuser d’accorder une injonction contre la loi 21 alors que le pour et le contre sont débattus devant un juge, le chemin pour aller de l’avant en est un politique. La seule manière qu’ont les femmes musulmanes de retrouver leurs droits constitutionnels, c’est en votant contre la Coalition avenir Québec avec l’aide de tous les Québécois. »

Texte traduit par Laurence Dami-Houle

« Living in Quebec has become a crucible for Muslim women. In addition to the challenges of everyday life, we experience a layer of difficulty related to our most intimate choices. The debate surrounding religious accommodation, secularism, and the place of so-called religious symbols in public has metastasized over ten years from minor skirmishes over halal menu options and the like, into a divisive and open debate about values. Political allies are few and far between, Brian Pallister, premier of Manitoba, one of the lone voices in power to openly oppose Bill 21. To be politically orphaned in the midst of a polarized public debate inevitably increases the exposure of Muslim women to verbal abuse, discrimination in the job market, and even physical assault. 

The cause of Muslim women, and other religious minorities affected by Bill 21, is not a popular one; Islam has been maligned in the West since 9/11, and practicing Muslims have often been erroneously conflated with minority extremist groups. Peeling back the layers of geopolitics, history, and media spin is a Sisyphean task, and many Muslim women in Quebec are experiencing burnout. Continuously solicited by the media to share their feelings about successive bills presented as secular but designed to limit their inalienable rights, Muslim women in Quebec are heard but not actively listened to. Many express how they have adopted religious attire of their own free volition; many explain that they belong to single parent, female-lead households. And yet, tired tropes about male dominance and control are frequently raised, the idea that a woman could be both liberated and Muslim inconceivable. 

The voting of Bill 21 into law entails that Muslim women in Quebec face a new reality in which their fundamental freedoms have been curtailed. That charter rights related to protected grounds of discrimination can be over-ridden in the interests of enshrining the ill-defined concept of secularism is disturbing. To witness the day in which a member of a religious minority in Quebec can no longer work in certain establishments hearkens back to discriminatory regimes of the past. Weak dissent from the political establishment in this context is also worrying; the infringement of charter rights should never be taken lightly. With the recent decision to reject the request for an injunction of Bill 21 while its merits are debated in front of a judge, the way forward remains political. The only way for Muslim women to regain their inalienable constitutional rights is by voting out the CAQ, necessitating solidarity from all Quebeckers. » 

Idil Issa a travaillé avec des organismes à but non lucratif au Canada, en Malaisie, au Qatar et en Afrique du Sud. Elle offre une présence médiatique à la fois dans les journaux et à la télévision afin de défendre les droits des groupes marginalisés et opprimés et de parler des expériences des femmes musulmanes. 


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