Éditorial: partager un cours avec un agresseur présumé

14 décembre 2021 publié par Laurence Taschereau

Éditorial: partager un cours avec un agresseur présumé

Une femme sur trois a subi au moins une agression sexuelle dans sa vie. Pour les hommes, on diminue de moitié, mais tout de même. À l’UQAM seulement, si on se fie aux statistiques du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, ce serait donc plus de 17 000 étudiantes et étudiants qui ont des traumatismes associés aux agressions sexuelles.

La rentrée universitaire de cet automne a marqué le début des cours en présentiel depuis la deuxième vague de dénonciations #Moiaussi en juillet 2020.  Une situation qui en réjouit plusieurs et en désole d’autres. 

Certes, ce retour sur le campus est loin de passer inaperçu pour plusieurs étudiants et étudiantes qui partagent des salles de classe avec des individus figurant sur la liste d'agresseurs potentiels de Dis son nom.

Nos collègues du Montréal Campus ont publié avec brio l’histoire d’un jeune homme dont le nom figure sur la liste. Lorsque ses camarades de classe le découvrent, ils et elles ne veulent plus travailler avec lui. La journaliste Fanny Arcand fait preuve, dans son article, d’une impartialité que je salue. C’est en montrant les deux côtés de la médaille que les lecteurs et lectrices peuvent, comme moi, se poser leurs propres questions.

Tout le monde a droit à une éducation supérieure. Mais, tout le monde y a droit de façon sécuritaire. Il ne s’agit pas de déterminer si un agresseur présumé peut ou non fréquenter une université, mais comment gérer une telle situation?

J’ai récemment publié un reportage sur l’accès aux chiens d’assistance sur le campus. Pour avoir droit à son chien d’assistance - qui est différent d’un chien guide pour non-voyant - le bénéficiaire doit en faire la demande au Bureau de l’inclusion et de la réussite étudiante (BIRÉ). Une liste de critères est prise en compte. L’Université, faute d’un meilleur encadrement légal en ce qui concerne les chiens d’assistance, se donne le droit de décider si oui ou non une personne pourra bénéficier d’une éducation sécuritaire grâce à son chien. 

Dans le cas d’agresseurs potentiels, c’est la sécurité des autres qui est compromise, mais le parallèle demeure pertinent. Tout indique que le Bureau d’intervention et de prévention en matière de harcèlement (BIPH) de l’UQAM s’est fait prendre par surprise à la rentrée automnale. Mais, maintenant la surprise passée, est-ce qu’au même titre que pour les chiens d’assistance, l’université ne se doit pas d’établir un protocole clair pour permettre aux étudiants et étudiantes de coexister dans leur éducation?  Il est facilement pensable que des situations similaires puissent se reproduire.

D’ailleurs, je comprends le malaise. M’imaginer travailler en équipe avec un individu qui figure sur la liste me rend profondément inconfortable. Je fais moi-même partie des 17 000 chez qui ça pourrait réveiller des traumas. De devoir partager des discussions et de longs moments de réflexion et de création avec quelqu’un qui ne nous plaît pas, ça fait partie des désagréments « normaux » du travail d’équipe. Par contre, on est loin ici d’un caprice.

Je ne souhaite faire le procès de personne ici. En lisant l’article, j’ai compris les motivations des élèves de la cohorte du jeune homme, mais je me suis aussi surprise à avoir de la compassion pour lui. En laissant les choses aller, une cohorte entière a vacillé entre l'impossibilité de fréquenter leurs salles de cours au quotidien et le malaise de tomber dans l'intimidation envers une personne qui se retrouve déjà complètement isolée.

Pour éviter qu’une situation dégénère, il faudra à l’avenir réfléchir à des alternatives à l’éducation traditionnelle en présentiel, avec tout ce qu’elle comporte, travaux d’équipe y compris. Peut-être qu'à l’instar des autres universités, une mode hybride faciliterait la création d’un safe space pour tous et toutes ? Ou encore, de prendre exemple sur le BIRÉ et d’évaluer les dossiers au cas par cas, avec des rencontres et des évaluations de thérapeutes ?

 


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