Éditorial : la réforme du PEQ ou tout quitter une 2e fois

08 novembre 2019 publié par Sanaa Bendahmane

Éditorial : la réforme du PEQ ou tout quitter une 2e fois

À CHOQ.ca, nous collaborons avec des étudiant.e.s de l'UQAM qui viennent de partout. Plusieurs se trouvent affecté.e.s par les changements de position du gouvernement Legault au sujet de la réforme du PEQ. Nous avons donc demandé à Sanaa Bendahmane, collaboratrice à l'émission Radio Dodo et étudiante étrangère, de nous partager ses inquiétudes face à la saga de cette semaine.

«À l’heure à laquelle j’écris mon témoignage, le gouvernement a finalement décidé de revenir sur ses paroles et de mettre en place une « clause des droits acquis » ce qui me rend à nouveau éligible à l’immigration. J’estime, tout de même, qu’il est de mon devoir de raconter mon histoire pour que l’on réalise l’impact qu’a eu cette saga sur ma vie et celle de milliers d’étudiants et travailleurs étrangers du Québec.

C’est l’histoire d’une jeune Algérienne qui quitte famille et pays pour vivre son rêve québécois. C’est aussi une manière pour se prouver qu’une femme issue d’un pays arabe peut réussir et s’accomplir d’elle-même.

Je suis arrivée à Montréal un certain 22 août 2016, les yeux pleins d’étoiles et des projets pleins la tête. Très vite, Accueil plus, Montréal international et le Service à la vie étudiante de l’UQAM me prennent par la main pour faciliter mon intégration : je me sens déjà chez moi ! Enfin, jusqu’au 30 octobre ou, d’un coup, en pleins préparatifs pour Halloween, je vois la nouvelle.

J’ai tout perdu en une fraction de seconde. Ma maîtrise n’est plus admissible au CSQ et cerise sur le gâteau, puisque je ne suis pas mécanicienne ou encore bouchère industrielle : je n’ai tout simplement plus d’avenir au Québec !

Sur le moment, c’est l’incompréhension totale. Je suis partagée entre colère, consternation, peur, désespoir et dégoût. On a usé de portes ouvertes, vendu du rêve et des promesses d’avenir pour nous attirer au Québec et au final, changer les règles du jeu à la dernière minute. On nous a trahis.

Arrivée à la fin de mes études avec un emploi à la clé, je me dois d’abandonner la vie que j’ai mis 3 ans à bâtir au Québec parce que Legault a « mal évalué l’impact de cette réforme sur nos vies » : trouvez-vous cela normal ?

Comment voulez-vous que j’annonce la nouvelle à ma famille qui a investi des milliers de dollars (car oui, je paye des frais majorés) et s’est sacrifiée pour me permettre de vivre ce rêve. Car non, Mr. Legault, on ne décide pas de venir étudier aux Canada sur un coup de tête. Pour ma part, c’est le projet de toute une vie qui m’a demandé 3 années de préparation, plusieurs démarches administratives et autant de visites médicales, de nuits blanches, de longues attentes pour « matcher » avec les critères d’immigration.

J’avais la possibilité de faire un doctorat dans mon pays natal ou d’intégrer la prestigieuse Sorbonne en France. J’ai fait confiance au Québec, car on nous offrait justement cette possibilité de s’établir dans la province après les études. On nous offrait cette stabilité. Après tout, peut-être que c’est ma faute. Peut-être que je ne suis pas assez intégrée : faire du bénévolat comme tout bon québécois, manger de la poutine, pets de sœur et crottes de fromage ou encore « écouter » une série et dire Allo à la place de Bonjour n’est pas suffisant…

Aujourd’hui, je dois expliquer à mes amis, mes collègues québécois et ma famille pourquoi je dois tout lâcher alors que ma graduation qui a lieu dans quelques jours devait être synonyme de réussite, d’accomplissement et de nouvelles perspectives d’avenir. Je me retrouve face à un choix entre : recommencer à zéro dans une autre province ou quitter définitivement le Canada, brisée…

Le pire est que je comprends que le gouvernement veuille faire face à la pénurie de main-d’œuvre, mais il y a une façon de faire… Après tout, nous sommes humains avec des projets et non des pions que l’on peut bouger quand bon leur semble…»


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