Éditorial : Fuck le racisme

04 juin 2020 publié par CHOQ.ca

Éditorial : Fuck le racisme

Pour l'éditorial du mois de juin, nous avons décidé de céder notre plateforme à Adel Aziz. Militant et à l'initiative du groupe facebook Tous/toutes en couleur contre le racisme, il avait le champ libre pour parler de ce qu'il voulait dans ce texte en lien avec la présente mobilisation anti-raciste et contre la brutalité policière.

À l’heure actuelle le racisme n’a pas de nom, n’a pas d’identité, n’appartient pas non plus à un physique quelconque. Le racisme est un phénomène globalisé qui a toujours été présent dans notre histoire. Les récents événements survenus aux États-Unis ont attesté des blessures profondes à toutes les personnes racisées, dont les miennes. Il est donc difficile de faire abstraction sur ce qui passe présentement. Dernièrement, en entendant les propos du premier ministre François Legault, je n’ai pu m’empêcher de ressentir un petit pincement. Un très long soupir m’annonce que la suite des choses sera complexe. Il a affirmé : « Je pense que la discrimination existe au Québec, mais il n'y a pas de discrimination systémique. Il n’y a pas de système de discrimination ». Eh boboy, en déclarant cette affirmation, on démontre un racisme décomplexé des Québécois. Dans les prochains jours, je vous inviterais à remarquer le nombre de like et de lol désobligeants qui accompagnent les commentaires dans les articles qui traitent du sujet sur les réseaux sociaux. Ne vous détrompez pas, ce n'est pas une question d'éducation ou d’un manque d’accessibilité à l’information que vous allez voir. Le racisme « made in Québec » est systémique et institutionnalisé. Ces messieurs-mesdames tout le monde qui émettent des commentaires racistes, ces personnes n’ont pas froid aux yeux, ces personnes ne risquent rien, ces personnes ne perdront pas leur travail ou leur partenaire. Ces personnes jouissent de leur liberté d'être discriminatoire publiquement, et ce, sans atteinte à leur crédibilité et surtout sans conséquence.

Aujourd’hui, j’écris, car je veux présenter mes frustrations, mes expériences et les tactiques d’éducation que j’ai pu développer au fil des années. Récemment, il y a un petit moineau qui a remis en constat ma manière d’approcher ce sujet. C’est le constat d’éviter que mes prochains réveils commencent avec une déprime constante contre la société. Je veux commencer à partager, transmettre et éclairer. C’est alors que l’expression : « choisir ses combats » devient de plus en plus important. La dénonciation devient un facteur clé dans les tactiques d’éducation et d’organisation. Reconnaissez la bonté d'une personne qui tente de comprendre, vous remarquerez peut-être une inaction chez certaines personnes, ne les jugez pas. Son inactivité ne veut pas dire qu’elle ne s’implique pas ou qu’elle est raciste, cette personne prend peut-être son temps à tenter de comprendre les enjeux et de s’éduquer avant de s’élancer dans de longs débats.

Pour faire une histoire courte, mes parents ont immigré au Canada à la fin des années 80. Il y a eu deux vagues d’immigrations arabes importantes qui ont marqué l’histoire du Canada. Les premiers (avant 1945) viennent d'un monde arabe colonisé par les Turcs ottomans et moins développé sur le plan économique, tandis que ceux de l'après-guerre arrivent d'un monde arabe décolonisé, marqué par un développement socioéconomique rapide et de nombreux bouleversements politiques. Autrement dit, ça fait de moi un Québécois d’origine algérienne et égyptienne et j’ai passé une bonne partie de ma vie au Saguenay, dans la ville de Jonquière.

Mes premiers combats ont commencé bien avant l’ère des réseaux sociaux. Je me souviens de ce petit commis d’un certain âge qui m’avait suivi jusqu’à l’extérieur de l’épicerie pour ensuite ME demander une preuve d’achat à moi seulement alors que j’étais entouré de 4 de mes amis. La raison ? Il m’a dit que c’est parce je n’avais pas pris de sac en plastique, que j’avais une peau bronzée, que je portais un manteau de poil ECKO et qu’il y avait eu plusieurs vols récemment. J’avais 11 ans. Un autre exemple, au secondaire, j’allais dans une école privée située dans un ancien couvent, je portais fièrement l’afro, un afro à la Jackson Five ou “la boule disco”. Cet afro a suscité de la curiosité à en revendre. Cette curiosité s’est souvent traduite par plusieurs paires de mains en même temps qui me touchaient les cheveux. Les réactions sur un ton moqueur ressemblaient souvent à :

- Yoo, c’est cool on dirait de la laine de mouton

- Han, ch’pensais pas que c’tait comme ça

- C’est comme de la laine d’acier

- T’es-tu capable de mettre beaucoup de crayons ?

- On dirait que tu as du poil de poche sur la tête.

À cet âge-là, on apprend encore à développer son identité cognitive, il y a plusieurs choses qui échappent à notre compréhension. Les mécanismes de défense se développent selon les expériences que l’on a vécues, elles interviennent contre les agressions pulsionnelles, mais aussi contre toutes les sources d'angoisse. Mes mécanismes à ce moment-là ressemblaient beaucoup à approuver ce que les gens disaient dans le but de ne pas les triggered. Cette constante manie de toujours accepter les blagues à développer une sorte d’aliénation en moi. Cette aliénation, je l’ai découverte quand j’ai quitté la région. (Pour les intéressés, l'aliénation culturelle est en quelque sorte une immunisation de notre propre identité afin de mieux s'intégrer dans une culture, “s'oublier pour être comme les autres")

En m’installant à Montréal, j’ai retrouvé pour la première fois de ma vie des gens qui avaient les mêmes références culturelles que moi, les mêmes feelings que moi, les mêmes expériences que moi et les mêmes craintes que moi. Ces enfants d’immigrants de troisième génération comme MOI m’ont aussi permis de mieux comprendre la réelle acceptation de mon identité. Cette acceptation est devenue un long combat quotidien contre le racisme.

Dans les derniers jours, les gens ont tenté de comprendre le mouvement plus en profondeur. Malheureusement, il y a plusieurs personnes qui mélangent encore des éléments qui sont hors de leur contexte. Le commentaire principal qui revient est : « All lives matter ». Tant que nous ne considérerons pas les personnes racisées de manière égale « All lives doesn’t matter ». Comment vous sentiriez si à chaque fois que vous sortez avec un ami, vous êtes toujours fouillés/interrogé par les autorités policières et qu’on vous répond que c’est parce que vous correspondez à un profil : Blanc. Vous voyez, vous verrez votre vie ne sera jamais en danger à cause de ce petit privilège dont vous jouissez. C’est un exemple parmi tant d’autres.

N’hésitez pas à dénoncer sur les commentaires sur Facebook, de bien prendre le temps de réfuter et d’amener des faits. N’hésitez pas de dire aux gens sur Facebook qu’ils sont fucking racistes et de leur mettre en pleine face. N’hésitez pas à passer au prochain en disant que vous avez fait de votre mieux. N’hésitez pas à rallier votre entourage et de les sensibiliser. Vous êtes fatigués ? C’est normal, le racisme ne se repose pas. Si nous voulons du changement, nous avons besoin de vous. Si nous voulons que nos enjeux soient pris en considération et notre parole sur la place publique soit entendue, nous avons besoin de vous. Si nous voulons une égalité et une équité pour toutes les personnes marginalisées, on a besoin de vous. Si on veut avoir des actions concrètes et que justice soit finalement rendue, nous avons besoin de vous. JE suis fatigué à mener le combat, J’AI de la difficulté à respirer, J’AI besoin de VOUS !

P.S : Dans le paragraphe des mécanismes de défense, je vous invite à lire les travaux Anna Freud, Le moi et les mécanismes de défense (Das Ich und die Abwehrmechanismen, 1936) elle traite entre autres de l’identification de l’agresseur.

Je mets aussi des liens de podcast d’une personne inspirante Fabrice Vil et son documentaire brisé le code. Le tout est accompagné de brillantes capsules scrip-éditées par Judith Lussier  https://briserlecode.telequebec.tv


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