Éditorial : À quoi bon la fierté sans libération?

18 août 2020 publié par CHOQ.ca

Éditorial : À quoi bon la fierté sans libération?

Pour notre éditorial du mois d'août publié quelques jours après Fierté Montréal, nous avons cru bon de souligner les 30 ans de l'événement Sex Garage. Nous avons demandé à notre stagiaire, Lina Heckenast, qui travaille présentement sur un podcast historique sur le sujet, de faire le point sur l'évolution du militantisme des communautés LGBTQ+. 

Quand le mercure grimpe et que les bourgeons sortent, Montréal devient le terrain de jeu des communautés de la DSPG*. D’abord la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine et les terrasses du Village en mai, puis le festival Fierté, et pour le contrecarrer, Pervers/Cité. Cette année, on a également célébré les 30 ans de Sex Garage, décrit par certains comme le Stonewall montréalais.

Pour les non-initiés, Sex Garage, c’était le nom d’un party récurrent organisé par Nicolas Jenkins, un promoteur qui voulait « déségréguer » le nightlife gai montréalais. C’était commun, à l’époque, de voir des bars et des espaces accueillant des personnes de la DSPG se faire descendre par la police, sous prétexte de vérifier les permis d’alcool ou que la capacité maximale des lieux avait été atteinte.

Dans la nuit du 14 au 15 juillet 1990, le party s’est fait arrêter par une de ces célèbres descentes policières. Après vérification, semblerait que tout était dans l’ordre. Le party est reparti. Mais pas pour longtemps. Le SPVM est revenu charger en force, les agents enlevant leurs matricules pour pouvoir battre impunément les personnes sortant de l’immeuble. Si ce n’eut été de la présence de la photographe Linda Dawn Hammond, il est possible que le raid n’ait jamais été connu.

Des manifestations ont été organisées dans les jours qui ont suivi et plusieurs personnes ont été arrêtées dans la foulée de Sex Garage. On dit de l’événement qu’il est le Stonewall montréalais parce qu’il a su mobiliser une génération entière de militant.e.s LGBT**. Commémorer l’événement a aussi été l’occasion de célébrer le premier festival de la fierté que la ville ait connu ; Divers/Cité.

Les comparaisons entre Sex Garage et Stonewall sont également justes dans la mesure où les deux soulèvements ont été bénéfiques seulement pour certains membres de la communauté LGBT et naturellement pas les plus vulnérables.

Plusieurs personnes s’époumonent chaque année à rappeler au monde entier que Stonewall ait été à la base une émeute, à la base une initiative lancée par des femmes trans racisées. On semble capable de se le rappeler, de figer dans l’imaginaire collectif le symbole de Marsha P. Johnson et Sylvia Rivera qui se battent pour la libération des queers. Mais on semble loin d’être capable de faire une place à l’héritage de ces femmes dans les mouvements queers aujourd’hui.

Après Stonewall, la lutte a été cooptée par des groupes de libération gaie qui excluaient de leurs rangs les personnes trans, les personnes racisées, les drag queens et parfois même les femmes lesbiennes et bisexuelles.

Aujourd’hui encore, les critiques à l’endroit de beaucoup de festivals de la fierté à travers le monde sont similaires : c’est corporatif, c’est blanc, ça oublie les personnes les plus marginalisées de la communauté et ça oublie pourquoi on est là.

Ce n’est pas comme s’il manquait de quoi se battre. Ce n’est pas parce qu’être gai est plus accepté qu’il faut oublier le reste de nos consoeurs et confrères de l’acronyme.

Les personnes trans, particulièrement les femmes trans noires, se font encore assassiner à une fréquence alarmante aux États-Unis. Cette année, en date du 2 juillet, 18 personnes trans avaient perdu la vie aux mains de quelqu’un. Si les statistiques ne sont pas disponibles ou aussi frappantes au Canada, il ne faut pas penser qu’on y échappe. Juste en décembre dernier, l’activiste trans Julie Berman a été tuée à Toronto.

Je ne crois pas qu’il faille se demander à quoi ça a servi, au final, ces soulèvements, ces fiertés. Ça a assurément servi à faire accepter davantage les personnes issues de la DSPG dans la société. À ce que les violences diminuent un peu. À ce que des lois protègent, à ce que des unions soient reconnues. Mais en regardant ces réalisations, il faut se demander à qui ça a servi. Et si notre réponse n’inclut pas les personnes les plus vulnérables de nos communautés, c’est qu’il faut revoir ce que le mot fierté signifie.

*Diversité sexuelle et la pluralité des genres

**L’utilisation de « LGBT » reflète la communauté de l’époque, où l’on commençait à peine à utiliser le terme « queer » d'où le choix de privilégier cette abréviation au lieu de LGBTQ+ dans ce texte.


Retour aux nouvelles

VOUS AIMEREZ AUSSI

Nouvelle

Un Taverne Tour IV réussi!

06 février 2019 publié par CHOQ.ca

Pour sa quatrième édition, le Taverne Tour a mis le paquet. Le jeune festival montréalais, qui propose de faire vivre l’expérience totale des bars du Plateau au public de la ville et des environs poursuivait dans sa lancée à tendance rock, mais avec...

Plus de détails
Nouvelle

Top de mi-année 2020 : de belles surprises!

22 juin 2020 publié par CHOQ.ca

C'est fait! On vient tout juste de dévoiler notre top de mi-année 2020 en live sur notre page Facebook. Soucieux de vous offrir cette liste dont on est bien fiers sous un format plus accessible et facile à regarder rapidement, voici notre palmarès couché sur...

Plus de détails
Nouvelle

Mural : Laboratoire urbain

19 juin 2019 publié par CHOQ.ca

Le mois de juin à Montréal annonce le début de la saison des rues fermées, non pas en raison des cônes oranges, mais bien en raison des nombreux festivals qui font le charme de la métropole durant la période estivale. La septième édition...

Plus de détails

CHOQ.CA

CHOQ.ca est la plateforme média numérique de la communauté universitaire de l’UQAM. Elle favorise les projets, les partenariats et l’apprentissage au sein de sa communauté et est toujours à l’affût des nouvelles tendances radiophoniques et médiatiques.

La radio

Inscris-toi à notre infolettre

Nous joindre

Téléphone

514-987-3000 poste 2629

En studio

514-987-3000 poste 1610

Courriel

info@choq.ca

Horaire Administratif

Été: lundi au jeudi de 9h à 18h

Automne-Hiver: lundi au vendredi de 9h à 18h

Emplacement du studio

Local A-M930

400 rue Sainte-Catherine Est

Pavillon Hubert-Aquin (niveau métro)

Montréal (Québec) H2L 2C5

Adresse postale

CHOQ, la radio Web de l'UQAM

Case postale 8888 succ. Centre-Ville

Montréal (Québec) H3C 3P8