COVID-19 : Les gens de la rue entre surdose et sevrage

15 avril 2020 publié par Lila Dussault

COVID-19 : Les gens de la rue entre surdose et sevrage

Comment s’isoler lorsqu’on vit dans la rue avec une dépendance importante à la drogue ou à l’alcool, et qu’arrêter sa consommation pourrait être dangereux pour sa santé? Avec la diminution du marché illégal et des sources de revenus pour les personnes en situation d’itinérance à Montréal, la COVID-19 est loin d’être le seul facteur de risque pour leur santé.

De nombreux articles ont décrit les raisons pour lesquelles la SAQ et la SQDC sont considérées comme des services essentiels. Notamment, les risques importants de sevrage pour les personnes qui consomment de l’alcool. Selon l’Enquête sur la santé dans les collectivités de l’organisme national de la statistique du Canada réalisée en 2012, 3.9% de la population québécoise avait des troubles liés à la consommation d’alcool ou autres substances psychoactives. Chez la population itinérante, ce chiffre s’élève à 46%, selon une vaste étude réalisée en 2001.

Or, avec la pandémie et la fermeture des frontières, le marché illégal a fortement diminué, ce qui entraîne une pénurie de stupéfiants dans les rues montréalaises. Cela augmente encore les risques d'intoxications mortelles pour les consommateurs, et ce en pleine crise des surdoses, qui a déjà fait 14 000 victimes au Canada en trois ans. C’est ce qu’explique Jesse Quijano, coordonnatrice au Foyer des femmes autochtones de Montréal. 

Dre Anne-Sophie Thommeret-Carrière, médecin en chef de la nouvelle unité accueillant les personnes en situation d’itinérance testées positives à la COVID-19 à l’ancien hôpital Royal-Victoria soulève également que l’accès à des substances sécuritaires est un problème. Au-delà des risques de surdoses, les sevrages d’alcool et de certains médicaments tels que les benzodiazépines et le GHB posent des risques importants pour la santé, qui sont souvent sous-estimés par les gens du milieu, et qui peuvent même entraîner la mort.

Si l’unité du Royal-Victoria offre des traitements pharmaceutiques de remplacement pour éviter les sevrages des personnes qui y sont admises, la situation est très différente hors de ses murs. Les personnes en situation d’itinérance en attente d’un résultat de dépistage sont maintenant isolées dans des chambres d’hôtel réquisitionnées par la Ville de Montréal. Cependant, le personnel présent sur place ne semble pas avoir beaucoup d’expérience pour faire face aux risques de sevrage, selon le Projet des travailleuses de soutien autochtones. En effet, si la population en générale peut continuer de consommer à la maison, les hôtels ne permettent pas aux usagers d’amener leurs substances, ce qui met à risque leur santé et celle du reste de la population.

Jorge Flores Aranda, professeur en travail social à l’UQAM spécialisé en intervention au niveau des toxicomanies, explique que la littérature scientifique affirme que le fait de devoir cesser de consommer pour accéder à des soins de santé est un frein important pour certaines populations marginalisées.

Le Projet des travailleuses de soutien autochtones rapporte aussi une présence policière accrue, ce qui augmente le niveau de stress de la population itinérante de Montréal. Dans le contexte de pénurie de drogues et d'argent, l’organisme demande l’arrêt de pratiques policières, comme la confiscation de la drogue et le fait de vider les bières. De plus, certains intervenants du milieu vont jusqu’à proposer un moratoire sur les arrestations pour vente de drogue afin d’éviter la surpopulation dans les prisons. Pour Jesse Quijano, la mise en place d’une pratique de safe supply – c’est-à-dire la distribution par le gouvernement de stupéfiants sécuritaires – serait une solution pour faire face à la crise actuelle.   

Crédit photo : Joshua Colema via Unsplash


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