Nouveau v379
Mission encre noire

Émission du 19 mars 2019

Mission encre noire Tome 25 Chapitre 305. Parler en Amérique, Oralité, Colonialisme, Territoire de Dalie Giroux, paru en 2019 aux éditions Mémoire d'Encrier. De quoi se constitue l'amériquanité ? Quel est aujourd'hui le résultat des multiples tentatives d'assimilation des minorités au cours de l'histoire des États du Nouveau monde ? Ces mêmes États, peuvent-ils vraiment occulter de leur identité, ces territoires de langues, si précieux à l'édification de l'Amérique ? «C'est pas intéressant l'maudit Français», Dalie Giroux nous invite au voyage, à partir sur les traces de Ti-Jean Kerouac, se laisser bercer par le verbe innu de Joséphine Bacon, à s'accrocher à la langue libre de Pierre Perrault ou au chant en innu de Chloé Sainte-Marie. Les parlures régionales irriguent ce brillant essai, tout autant que de nombreuses langues dîtes subalternes, qui trouvent ici un formidable écho hospitalier. L'autrice a parcouru l'Amérique francophone et ailleurs, a erré à travers les soubassements de la culture dominante, pour nous faire résonner la langue des pauvres, le bagout, une forme de vie encore inédite pour beaucoup d'entre-nous. Dalie Giroux ne manque ni d'audace ni d'humour pour nous fait entrer de plain-pied dans «le territoire de l'âme» de Pierre Perrault ou nous offrir une brillante pensée critique de la «marde». Ce soir, Mission encre noire laisse la porte ouverte à la «machine intime de décolonisation» de Dalie Giroux, qui est notre invitée. Extrait: «Au Canada, dès les premiers jours de la colonisation européenne sur les rives de la Grande rivière, l'habitation linguistique anglaise et française dominante s'est superposée à une habitation linguistique iroquoienne, algonquienne, athapaskane, salish, esquimo-aléoute, etc. Ce sont là les noms de familles linguistiques qui comprennent chacune plusieurs langues, et chacune de ces langues contient plusieurs dialectes. Dans la seule vallée du Saint-Laurent, nous côtoyons les langues algonquines, abénaquise, mohawk, wendat, atikamekw, malécite, innue, mi'gmak, sans parler de la langue crie et de l'inuktitut qui viennent du Nord mais qu'on peut surprendre tous les jours à Montréal et à Ottawa, par exemple. À ces langues qui côtoient le français et l'anglais en tant que langues coloniales et s'y mêlent et vice-versa, s'abouchent aussi celles des gens de partout qui se fabriquent une demeure canadienne.» Cartographies III: Translations Collectif sous la direction de Sébastien Dulude paru en 2019 aux éditions La mèche. Précédé de deux tomes consacrés à l'exploration des territoires singuliers des couronnes Sud et Nord de Montréal, le troisième recueil de textes à d'autres perspectives, sans s'arrêter à une zone géographique spécifique. Patrice Lessard nous promène dans le centre de Naples, ou plutôt dans la Sanità, un quartier qui effraie les italiens eux-même. Maryse Andraos, s'interroge sur ses racines, sur ce qui compose son identité. Elle, qui se sent tellement chez elle, ici, et si étrangère à cette Égypte dont on l'habille. Éric Mathieu a retrouvé les carnets de route d'une époque où il vivait à Londres. Nina Hagen était au Kit-Kat Club, il fumait des joints, devenait cuisinier, dépensait sa paye au Tower records sur Piccadilly Circus. Il nous raconte tout ça, la tête reposée sur la vitre du bus de nuit. Mélikah Abdelmoumen cartographie ses lieux d'élection à Lyon, en France, celles qui mènent aux marges, à ses bidonvilles. un livre de George Perec dans une main, elle tente de laisser une trace de ces hommes et femmes, de ces enfants croisés dans cette autre France. Daniel Canty embarque une machine à écrire sur la MS Norröna sur la côte du Jutland. Il devient un marin malgré lui, un porte-bonheur improbable livré aux flots hostiles. Véronique Béland invente un langage d'outre-espace, à travers des textes aléatoires générés par un programme informatique dédié, lui-même, à recevoir des ondes radio provenant du cosmos. Histoire d'aiguiser encore plus votre appétit de Cartographies, Sébastien Dulude est notre invité. Extrait: «Dans le «mé-tissage», je vois l'idée d'un tissage parsemé de brèches, de trous, d'ouvertures, et par là même la possibilité de tisser des liens inusités entre des identités séparées. On Mé-tisse comme on rompt un tissu social trop uniforme, comme on coud des morceaux dépareillés pour leur donner une nouvelle singularité. On n'appartient à aucune trame, c'est pourquoi on doit apprendre à inventer la sienne.»

Feuille de route

Tous les épisodes

Mission encre noire 27 juin
Émission du 27 juin 2023
Mission encre noire Tome 38 Chapitre 412. Troubles, nos ombres un collectif dirigé par Jennifer Bélanger paru en 2023 aux éditions Triptyque dans la collection Queer. La colère ne se tarit pas dixit l’autrice. De l’élaboration de ce projet à l’été 2020, à son achèvement en 2022, Safia Nolin deviendra la bête noire des réseaux sociaux malgré son récit d’agressions subies de la part de Maripier Morin, la montée de la droite aux États-Unis et celles des conservatismes en général dans le monde, dès lors menace les droits fondamentaux des personnes minorisées. Les textes réunis ici par Jennifer Bélanger offre un espace sécuritaire à 11 artistes non seulement pour témoigner de l’urgence de dire les dangers qui guettent les personnes LGBTQ2IA+, mais également pour nous partager des récits de vie poignants. Qu’il s’agisse d’amitié, de rapports amoureux, de désirs, de colère, de résistance, Étienne Bergeron, Julie Bosman, Marilou Craft, Nicholas Dawson, Martine Delvaux, Sandrine Galand, Maude Lafleur, Mael Maréchal, Roxane Nadeau, Mélanie O’Bomsawin et Justina Uribe se réunissent sous l’ombre lumineuse et créatrice de Jennifer Bélanger, qui est mon invité, ce soir, à Mission encre noire.
60 min
Mission encre noire 06 juin
Émission du 6 juin 2023
Mission encre noire Tome 38 Chapitre 411. Mise en forme par Mikella Nicol paru en 2023 aux éditions Le Cheval D’août. À la suite d’une rupture amoureuse encore fraîche et de l’aménagement en catastrophe chez un ami, la narratrice se jette à corps perdu dans l’entraînement physique. Malgré que son corps deviennent de plus en plus performant, la dépression gagne du terrain, il y a toujours quelque chose qui cloche. Ce qui s’impose très vite comme la seule activité encore valable à ses yeux va devenir un sujet de réflexion tenace. Et si, en dépit des injonctions bénéfiques assénées par les vidéos de fitness, les programmes de remises en forme n’étaient que la partie émergée d’une problématique plus vaste. Pour l’autrice l’idée jaillit en croisant un inconnu malveillant dans la rue. Le lien qui unit violence et beauté ne fait plus aucun doute. Ou comment l’industrie du fitness, entre autre, confirme la main mise d'une esthétique patriarcale, coloniale et fossile, sur le discours ambiant, dixit Paul B. Preciado. On peut se demander, ici, comment un tel système, qui vise la soumission collective totale des corps, se met-il en place ? Les femmes en particulier, tels des objets inoffensifs, se doivent de collaborer, bien entendu, à leur corps défendant, à des modèles hétérosexuels astreignants. Ce livre à mi-chemin de l’essai et du récit autobiographique laisse libre court à une parole qui refuse de rentrer dans le moule. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Mikella Nicol.
60 min
Mission encre noire 23 mai
Émission du 23 mai 2023
Mission encre noire Tome 38 Chapitre 410. Daniel Grenier Héroïnes et tombeaux paru en 2023 aux éditions Héliotrope. Alexandra Pearson, originaire du Tennessee, lit le New York Times dans cette ville secondaire brésilienne à l’ouest de Porto Alegre : Uruguaiana. Aujourd’hui journaliste, la jeune femme qui avait cheminé aux côté de Françoise dans le roman précédent de l’auteur, part à la recherche, cent ans plus tard, d’un étrange personnage, Ambrose Bierce, auteur du Dictionnaire du diable. Il serait mort fusillé en 1915 au Mexique et réapparu, bien vivant, à des milliers de kilomètres plus loin. Pour cela, elle devra mettre la main sur un manuscrit inédit. Pendant ce temps, comme l’annonce le journal, une certaine Helen Klaben décède à l’âge de 76 ans. Autrefois, elle a fait la Une du Life magazine, le 12 avril 1963, après avoir survécu 49 jours dans le froid du Yukon suite au crash de leur avion le 3 février 1963. Étrange coïncidence, ce nom, lui semble familier. Il lui remémore un souvenir amer, celui de Françoise, cette fille à qui elle n’a fait que mentir. À l’époque elle se faisait appeler Samantha. Dans ce troisième livre qui se veut un hommage à Ernesto Sabato, l’auteur nous entraîne dans un étrange roman d’aventures dans lequel il explore une fois encore le territoire américain et il s’interroge sur la responsabilité de celui qui raconte les histoires des autres. Sur un air de Carioca, j’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Daniel Grenier.
60 min
Mission encre noire 16 mai
Émission du 16 mai 2023
Mission encre noire Tome 38 Chapitre 409. Exercices de joie par Louise Dupré paru en 2023 aux éditions du Noroît. Dernier fascicule du triptyque traitant des possibilités du poétique face à l’horreur et à la détresse entamé avec Plus haut que les flammes en 2010 puis La main hantée en 2016, Exercices de joie présente la poète fébrile, les côtes friables, hantée par des rêves qui la réveillent la nuit. Toutefois Louise Dupré n'abdique pas pour autant. Elle revendique le désir de se tenir debout devant un paysage en ruines quitte à s'accrocher à ses mots comme à une bouée. Car, s'il est peut-être vain de vouloir comprendre l’envers du monde quand le temps fuit entre nos doigts, pourquoi ne pas apprivoiser les douleurs, en oublier la piqûre de l’aiguille. L’écriture, telle une veine fragile qui palpite encore, se mue en écorce revêche, pour combattre en prose et en vers. Si la suie de Birkenau ou de Auschwitz la poursuit encore, si l’ombre de la main coupable du second recueil habite encore les pages, les poèmes explorent ici une autre voie, plus apaisée. Celle de la douceur, celle de la joie, que l'autrice défini comme cet instant précieux et rare ou le cœur module ses élans. Il est du devoir de la poète de donner à voir cette faible clarté bienveillante qui conduit sa main. Certes, le cercle des poètes disparus s’agrandit un peu plus chaque jour, le monde chancelle ; non, elle ne vacillera pas ; l’autrice appartient à la généalogie des femmes qui n’ont jamais renoncé. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Louise Dupré.
60 min
Mission encre noire 02 mai
Émission du 2 mai 2023
Mission encre noire Tome 37 Chapitre 408. Le plein d’ordinaire par Étienne Tremblay paru en 2023 aux éditions Les Herbes Rouges. Asti qu’était belle! se dit Mathieu alors qu'il entre dans le Pétro sur le boulevard qui mène vers Longueuil, proche de l’usine Weston. Elle, c’est Val, sa future collègue que l’adolescent de Boucherville va chercher désespérément à séduire. Le futur cégépien est persuadé d’être promis à un grand destin de poète, cela sera-t-il suffisant pour elle? En attendant, il travaille de nuit dans une station-service à distance de vélo de chez lui. Une job parfaite qui lui permet de lire à sa guise, de consommer ses trois gammes de pot, de voler des cigarettes et de manger à volonté. Mathieu illustre à merveille la chronique ordinaire d’un ados de banlieue des années 2000. Une jeunesse qui se mélange, qui se passionne, qui se voit un avenir exceptionnel, qui rêve la vie en grand plutôt qu’à travers le miroir aveugle de l’écran noir d’un cellulaire. Mathieu n’a rien de différent des autres, si ce n’est l’élan que lui procure une sensibilité exacerbée et un certain goût du risque. Des excès qui fatalement se fracasseront contre le mur des réalités. Voici un roman initiatique qui relate l’aventure épisodique, très attachante, d’un jeune homme en quête de lui-même, pris au centre de son univers sensible, près à devenir un autre Mathieu, même s'il ne sait pas très bien encore à quoi cela ressemblera. J’accueille, ce soir à Mission encre noire, Étienne Tremblay.
60 min