Nouveau v379
Mission encre noire

Émission du 8 décembre 2020

Mission encre noire Tome 29 Chapitre 344. Faire les sucres de Fanny Britt paru en 2020 aux éditions Le cheval d'Août. Adam Dumont a failli mourir stupidement à Martha's Vineyard. Sa planche de heurte salement le genou d'une jeune femme sur le bord de la plage. Il coule. Depuis, il n'a plus le goût à rien. Son restaurant branché, son émission de télé à succès, son couple, ses enfants, tout semble lui échapper brusquement. Si ce n'est le besoin viscéral de s'acheter cette érablière qui pourrait peut-être le soulager. Marion s'étonne encore de la vitesse à laquelle leur projet de famille idéale prend l'eau. Prendre un amant changera-t-il les choses ? Célia se tord de douleur, suite à l'accident, ce qui l'étonne néanmoins c'est la présence en elle d'une rage pesante comme une vague terrible et menaçante. Inquiète, elle ne manquera pas de jeter un regard cinglant sur sa situation. La plume tendre et acérée de Fanny Britt menace le fébrile château de carte élaboré par ce couple dont la vie est auréolée de succès. En multipliant avec habileté les points de vue, l'écriture corrosive nous immerge efficacement dans un univers de privilèges qui peu à peu s'étiole. Pendant ce temps, le niveau de la mer monte et personne ne sera épargné, Célia le sait si bien. je reçois Fanny Britt, ce soir, à Mission encre noire. Extrait: « «C'est toi le boss», disait-il invariablement. Adam s'était demandé s'il se faisait niaiser et si cette déclaration d'obéissance répétée de la part de Sylvain ne constituait pas sa façon de lui faire comprendre que tout ça était ridicule: l'érablière, la cabane à sucre, les grands projets qui prenaient les hommes de son acabit quand ils vieillissaient et avaient trop de moyens. Et la notion de boss, tout aussi risible. Si boss il y avait, c'était d'abord la forêt, le climat, puis l'union des producteurs de sirop d'érable, et loin derrière, l'acériculteur. Et Sylvain le savait, et en disant «C'est toi le boss, boss», il établissait surtout qu'Adam, lui, n'y connaissait rien.» Liv Maria de Julia Kerninon paru en 2020 aux éditions Annika Parance Éditeur. Élevée sur une île bretonne par un marin de commerce norvégien, amoureux de littérature et une mère tenancière de café, solide et fière, Liv Maria a plusieurs atouts pour affronter la vie. Sans destination particulière, les circonstances vont la mener à Berlin, puis sur le continent sud américain et en Irlande. Amoureuse insatiable, passionnée inlassable, elle va croquer à pleines dents dans ce que le destin lui offre de rencontres et d'expériences en tout genre. Elle accostera les rives de l'amour sous différents visages, de l'amoureuse du professeur d'été, à l'aventurière aux poignets d'or, en passant par la madone installée dans une vie d'épouse. Mais un seul visage reviendra sans cesse la hanter, malgré tout, un secret qu'elle aurait souhaité, lâchement, enfouie à jamais. Jeune berlinoise ou en demi-Norvégienne souriante et mystérieuse, Liv Maria sait que la vie ne vaut d'être vécue sans amour. Ce magnifique portrait très romanesque se déguste avec gourmandise, les doigts encore collants d'impatience. Julia Kerninon est invitée à Mission encre noire. Extrait: « Elle avait débarqué à Santiago du Chili avec une valise légère, un coeur lourd et un dictionnaire d'espagnol. Elle avait pris une chambre en ville. Elle avait d'abord trouvé du travail comme plongeuse dans un restaurant, ensuite, quand son espagnol était devenu meilleur, comme serveuse, et puis, des fourmis dans les jambes, elle avait quitté la capitale pour monter plus au nord, jusqu'à la région de Coquimbo, où elle avait entendu dire qu'on cherchait du monde pour la cueillette des fruits. Elle voulait utiliser ses bras. Dans la vallée d'Ovalle, elle avait cueilli du raisin et des poires, tout le temps de la récolte, avant de monter encore plus haut, vers l'Atacama, pour les myrtilles. Six semaines durant, elle s'était écroulée soir après soir sur son matelas les doigts bleu-noir, le dos brisé. Pour la première fois depuis son retour de Berlin deux ans plus tôt, elle avait recommencé à faire l'amour, avec des collègues, des journaliers, des américains en voyage. Son corps se réveillait d'un long sommeil, le jour elle le dorait au soleil et la nuit elle l'épuisait.»

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Mission encre noire 10 novembre
Émission du 9 novembre 2021
Mission encre noire Tome 32 Chapitre 370. Les racistes n’ont jamais vu la mer par Rodney Saint-Éloi et Yara El-Ghadban, paru en 2021 aux éditions Mémoire d’encrier. Yara El Ghadban et Rodney Saint-Éloi nous invitent ici à dialoguer. Les deux écrivain.e.s se livrent à vous, sous la forme d'un échange épistolaire, riche et bienveillant. À partir de leur propres expériences et de leurs souvenirs, chacun.e tente de répondre à la question du racisme. Librement l’une et l’autre nous régalent de mots, d’idées, de poésie et d’anecdotes, qui malgré le sujet vous feront voyager. L'urgence est de se raconter pour que les villes s'enrichissent d'une mémoire collective inclusive et rassembleuse.Comme il est écrit ici: peut-être qu’il est temps pour les blancs d’écouter, et que le moyen le plus sûr est de partager ces récits qu’on ne raconte pas. Poussons-nous sous l’arbre à palabres, ce soir, aux côtés de mes invités, Yara El-Ghadban et Rodney Saint-Éloi sont à Mission encre noire. Extrait:« Les femmes ont tant subi la violence de la langue qu'elles ont développé leur propre vocabulaire. Elles nous ont donné le mot mansplaining pour dire la tendance des hommes à vouloir expliquer les choses aux femmes, comme on le fait aux enfants. Il y a aussi le whitesplaining, ces conversations entre blancs et non blancs, où chacun doit respecter son rôle. Par la couleur de notre peau, par nos accents et nos histoires, nous sommes les pauvres, les malavisés, les confus. Nous sommes le fardeau des blancs et leur responsabilité de maîtres du monde. C'est aux blancs de nous guider vers la lumière, de nous apprendre les règles de la grammaire, nous montrer ce que c'est une vraie maison d'édition et ce que c'est un vrai éditeur. Il n'est pas Noir, et il ne parle pas créole. S'il fallait ajouter à cela une éditrice arabe qui écrit dans sa troisième langue, eh bien, c'est la recette pour un désastre ! J'aime cette confusion Rodney. J'aime les sourires condescendants quand tu insères le mot révolution dans tes phrases. Le subtil, «il n'est pas sérieux» ou«laissons-les à leur délusions, ces Noirs et ces Arabes».» Nous sommes un continent, correspondance Mestiza par Nicholas Dawson et Karine Rosso paru en 2021 aux éditions Triptyque dans la collection Difforme. Osons danser sur this bridge call home. Sachons prêter l'oreille à cette conversation passionnante qui vous demandera sans doute de ralentir un peu, pour mieux ressentir l'écho d'une voix unique, celle de Gloria Anzualda. À partir de ses réflexions, Karine Rosso et Nicholas Dawson reprennent un échange épistolaire amorcé avec l'ouvrage Se faire éclatée, expériences marginales et écriture de soi qui s’achevait précisément sur une citation de la langue enflammée de Gloria Anzaldua. Cette nouvelle rencontre est une invite à reprendre leur dialogue autour de l’œuvre de l’autrice d’origine texane décédée le 15 mai 2004 à Santa Cruz. Ce livre, c’est aussi l’histoire d’une amitié, l'une et l'autre nous offrent une traversée intime des continents pour «décentrer la parole blanche, unilingue et consensuelle qui domine les médias et la culture» comme le souligne Pierre-Luc Landry en préface. Nous sommes un continent appelle à un changement du monde et à ses façons de penser. Ce livre tisse des liens et il existe précisément pour vous permettre de ne pas rester sur le seuil des mutations économiques et sociales à venir. Je vous invite à découvrir cet espaces de tous les possibles, là où se cotoît toutes les marginalités: la frontière, en compagnie de Nicholas Dawson et Karine Rosso, ce soir, à Mission encre noire. Extrait:« Buenos Aires (Argentine), 18 janvier 2019. Cher Nicolas, C'est la première fois que je t'écris à la main. Je suis toujours à Buenos Aires, dans un café situé en face d'une gare de banlieue. Je fume sur la terrasse en regardant les couples, les ami.e.s et les familles nombreuses aux tables voisines. La musique qui me parvient de l'intérieur du café (Amy Winehouse, Dirty Dancing) me rappelle ce que tu m'as écrit dans anti-gringo qu'on pourrait le croire. Contrairement à toi, je n'ai toutefois pas été en contact avec les milieux universitaires. Ici, mes ami.e.s et ma belle famille se déplacent en circulos militantes ou dans des espaces culturels alternatifs. Il est vrai que celleux qui ont été à l'université citent parfois Bourdieu, Lacan ou Chomsky, mais depuis que je suis ici, j'entends davantage parler del FIT (Frente de izquierda de los trabajadores) et du mouvement pour la légalisation de l'avortement. Cette année, des centaines de milliers d'Argentines sont descendues dans la rue pour défendre le droit d'avorter sans avoir à risquer leur vie. Munies d'un foulard vert, elles ont défilé jour et nuit devant le congrès. (Je m'interromps pour évoquer la femme et ses trois enfants qui passent en ce moment aux tables pour demander de la monnaie. Il y a dix minutes, j'ai acheté trois paires de bas pour 100 pesos à un jeune homme qui me disait «por favor señorita, ayudame»).»  
60 min
Mission encre noire 02 novembre
Émission du 2 novembre 2021
Mission encre noire Tome 32 Chapitre 369. Une autre vie est possible par Olga Duhamel-Noyer paru en 2021 aux éditions Héliotrope. La mère de Valéry est chef de cellule. L’appartement de la rue Bloomfield accueille volontiers des militant.e.s d'origine et de provenance variées. Micheline organise les distributions de tracts pour toutes les boîtes aux lettres du quartier. Certain.e.s camarades préparent des blitz d'affichages, pendant que d'autres préparent une visite à l'entrée des usines de textile de la rue Chabanel. Pour toutes et tous, un autre ailleurs est possible, un autre rêve est accessible : le communisme. Valéry y croit lui aussi, vraiment. Cuba, le Chili, l’Argentine et Moscou sont souvent de la fête jusque très tard dans son salon. La vie démocratique est heureuse, pour un temps seulement. Sur le chemin de la lutte, des choses reviennent dans le présent qui change, des déjà-vu ailleurs. Le grain de sable d’une rupture amoureuse a quelque chose de familier, trop peut-être. De quoi faire dérailler l’emballement des plus belles machines comme ternir le rêve du grand soir. Dressez les étendards, les marteaux et les faucilles, j’accueille Olga Duhamel-Noyer à Mission encre noire. Extrait:« Dehors, il y a la ville, la campagne et la forêt. Et de nouvelles rues sont tracées en périphérie, en banlieue. On ne voit pas toujours à quoi veulent en venir ceux qui les habitent. Des bungalows, des maisons neuves. Étincelantes de propreté. Beaucoup de ces maisons récentes sont bâties sur des parcelles où l’on plantait depuis longtemps des choux, des oignons, des carottes, des navets et des patates, tout en élevant des poules et quelques cochons. Et de grosses machines ont nettoyé des zones boisées qui n’avaient pas encore été défrichées. Les gens ont parfois cru bon de laisser ici ou là un grand sapin. Sinon ses grands-parents, Valéry ne connaît personne qui habite un bungalow. Dans les journaux, semaine après semaine, des articles présentent des maisons modernes avec les plans pour les construire. Son grand-père a fait bâtir une petite maison à partir de ce genre de plans. Le neuf promet un avenir heureux. On trouve en ce temps-là sur les étalages des magasins bien moins de choses qu’aujourd’hui. L’ironie est que les gens sont alors complètement hypnotisés par le fait qu’il y a davantage de tout. L’expression «société de consommation» continue de se répandre, elle permet de décrire ces montagnes de cadeaux que reçoivent les enfants. Les parents plus éduqués résistent un peu, offrent des jouets éducatifs, en bois le plus souvent. Tous les adultes sont frappés par le contraste avec leur propre enfance, par le nombre vertigineux de cadeaux qui sont offerts aux plus jeunes, par cette étourdissante abondance. Les militants ne sont cependant pas dupes, ils ne perdent jamais de vue la hideur du libre marché, sa monstruosité. Ils savent que la logique libérale implique l’exploitation pour être florissante. Valéry hait de toutes ses forces le capitalisme, la passion des garçons et des filles de son âge pour les vedettes le tourmente, la camelote des centres commerciaux lui fait le même effet. » Dans la solitude du terminal 3 par Éric Mathieu paru en 2021 aux éditions La mèche. Nathan Adler habite Ottawa, nous sommes en 1984. Lors d’une banale soirée d’hiver, rentrant chez lui, dans le quartier de Mechanicsville, à l’ouest de la ville, un chauffeur perd le contrôle de son véhicule. Il se fracasse contre un poteau électrique. L’homme bien habillé, un peu plus âgé que lui, est blessé. Il prends néanmoins la direction, à pied, d’une petite maison rue Bromley. Un lieu qui va devenir rapidement incontournable. Nathan y découvre un étrange manuscrit intitulé : dans la solitude du Terminal 3. L’homme et la voiture accidentée ont disparu soudainement. Parti à la recherche de cette énigme, il fera la rencontre d’un groupe qui gravite autour du fascinant et toxique écrivain Antoine Dulys. Il devine bien vite son insatiable envie de devenir un écrivain. Celui-ci s'arrange pour que le jeune homme lui soit redevable. Il cède plus souvent qu'à son tour, trop. La vie de Nathan s’apprête à partir dangereusement en vrille. Je vous propose de vous laisser aller à un dérèglement des sens, ce soir, à Mission encre noire en compagnie d’Éric Mathieu. Extrait:« J'ai dormi jusqu'à quatorze heures. J'avais vomi dans mon sommeil. Une petite flaque décorait mon oreiller et une odeur acide flottait dans ma chambre. J'avais mal partout, aux muscles, aux os, à la tête et j'ai eu de la difficulté à me lever. Dans la salle de bain, je me suis regardé longtemps dans la glace, étudiant d'éventuels changements surgis dans la nuit. L'ampoule au plafond dessinait des ombres bizarres sur le mur, mon corps était entouré de bâtonnets fluorescents et d'étincelles lumineuses. Mon visage et mes épaules se dédoublaient. Mes deux figures ont dansé devant moi pendant quelques minutes, puis je suis revenu à mes esprits. Mon quart était long et pénible. J'étais épuisé et il y avait un monde fou en salle, des clients exigeants qui n'étaient pas satisfaits de leurs plats et qui les renvoyaient en cuisine. Je faisais de mon mieux, mais je n'arrivais pas à me concentrer. Vers vingt et une heures, j'ai aperçu par le hublot de la cuisine qui donnait sur la salle du restaurant un homme assis dans un coin en train de lire le journal. Il ressemblait à Adam Benson. Je suis sorti de la cuisine pour aller m'accouder au bar. D'où je me tenais, je voyais mieux: c'était bien lui. Étrange coïncidence. Que faisait-il au Rubens?»
60 min
Mission encre noire 26 octobre
Émission du 26 octobre 2021
Mission encre noire Tome 32 Chapitre 368. Une fille sans fusil de Paule Baillargeon paru en 2021 aux éditions Les herbes rouges. Huguette ne peut plus se taire. Où plutôt Huguette veut enfin parlé de ce qu’elle n’a jamais vraiment révélé. Huguette veut replonger dans ce passé peuplé de silence: sa sexualité. Elle est seule, enfermée dans ce conteneur, à regarder des images terrifiantes, sur la vie ordinaire et sur des souvenirs qui la poursuivent depuis des années. Quatorze fois, elle a été harcelée, touchée. Embrassée contre son gré, violée. À l’image de tant d’autres, elle se taira puis se relèvera, à chaque fois. Alors même si ses jambes se font vieilles, que le docteur a quitté la pièce, elle ne flanche pas. Voici le récit fragmenté, bouleversant de cette femme qui se refusera à la violence. Non, Huguette est cette fille sans fusil qui choisi ses armes, qui choisi l’art, la littérature, le cinéma, l’écriture pour apaiser sa souffrance, pour raconter. J’accueille ce soir à Mission encre noire, Paule Baillargeon. Extrait:« Dans ma mémoire, son image est diffuse, un homme grand dans la porte de la chambre d'hôtel. À paris. Je sors de la douche et je réponds à la porte. Je sais à peu près qui c'est. L'assistant qui vient indiquer l'horaire pour la journée, quelque chose comme ça. La robe de chambre fournie par le petit hôtel est bien fermée avec le ceinturon, et la serviette de bain enroulée comme un turban sur ma chevelure mouillée. Eh non, ce n'est pas l'assistant à la mise en scène venu me dire que nous sommes invitées, les femmes de la troupe, au défilé Chanel, quelle chance, Chanel, nous serons assises avec des actrices célèbres à regarder des jeunes femmes superbes défiler dans des vêtements cousus directement sur la peau, mais non, ce n'est pas ça, c'est le metteur en scène. Il est dans la porte et il dit, eh que j'te violerais toi. Après il parle encore, des morceaux de mots sortent de sa bouche, qui font semblant que les mots précédents n'ont pas été dits, tu vois je crois que dans la scène 28, tu devrais pleurer, pleurer pour qu'on t'entende, je te l'ai déjà dit, mais tu ne le fais pas, tu vois de quelle scène je parle, la 28, il faut que tu pleures. Ils font ça. Prétendre que ça ne s'est pas passé, que les mots n'ont pas été dits, que les gestes n'ont pas été posés.» Voyances par Anne-Renée Caillé paru en 2021 aux éditions Héliotrope. Que pensez-vous des lecteurs/lectrices de tarot, des astrologues ou des voyant.e.s ? Anne, la narratrice et alter ego de l’autrice décide de partir à la rencontre de cartomancien.e.s, de médiums et de devins. Pour faire suite à une carte blanche d’écriture sur la sorcellerie, n’ayant que très peu d’avis sur la question, l’autrice consent à s’asseoir dans un espace exigu, devant une théière, une petite tasse et des effluves enivrantes d’encens. D’ordinaire assez méfiante pour les choses relevant de l’ésotérisme, Anne prend des notes après chaque séance. Les cartes sont brassées. On lui fait des propositions attirantes et des promesses en pagaille. Malgré tout, la narratrice se laisse raconter. Peu à peu un autre récit fait surface, une autre analyse, un angle inédit d’envisager l’avenir jailli. Vous souriez ? Méfiez-vous, il se pourrait que vous sortiez égaré.e.s de votre lecture, car, après tout, malgré sa mauvaise presse, la voyance n'est-elle pas un autre moyen de mettre des mots sur le réel ? Venez jouer avec l'alignement des planètes ce soir à Mission encre noire, j’accueille Anne-Renée Caillé. Extrait:« Je suis partie sans dire que je rêve à peine, que je me souviens peu de mes rêves, depuis longtemps. La rencontre a été longue, plus longue que ce pour quoi j'ai payé, il y a eu beaucoup de cartes exposées, de lectures, de recommandations, en somme, cela va bien, cela va bien aller, même s'il a dit ne pas voir l'avenir, il me semble que mes court et moyen termes sont prometteurs, j'ai entendu «promesse» quelques fois. Je dois admettre que j'étais égarée en sortant de là, encore plus fébrile qu'à l'arrivée, je ne savais même plus si je devais faire comme prévu, l'écrire, il a d'ailleurs utilisé le mot «fébrile» pour décrire l'embrouillage des cartes, ensuite les cartes l'ont peut-être été moins, mais moi, davantage. Je retiens, s'il y a d'autres tarots à l'avenir, que je devrai venir avec des questions précises, des intentions moins camouflées, ou plus camouflées. Mais déjà j'ai exécuté une des prescriptions: J'ai tout noté.»
60 min
Mission encre noire 19 octobre
Émission du 19 octobre 2021
Mission encre noire Tome 32 Chapitre 367. Pomme Grenade par Elkahna Talbi paru en 2021 aux éditions Mémoire d’encrier.  Le pire c'est l'amour, dit la poète Elkahna Talbi dans un recueil de poésie intime qui confronte les relations compliquées entre amants de différentes cultures, langue ou religions. Est-il possible de voyager en amour comme on immigre, en laissant tout le reste derrière soi? Comment savoir si l’autre, l’amant, est une terre arable ou stérile? Faut-il se perdre pour mieux se retrouver? Par quels chemins faut-il passer pour trouver son refuge à soi ? Comment laisser l’autre s’approcher, comment se laisser toucher, bouleverser par une autre personne sans réellement savoir si ce qui l’attire vraiment dépend de nous ou d’autre chose? Qu’est-ce qui se dissimule derrière les traits familier, trop familier du visage aimé? Qu’est ce qui s’éclipse derrière le h mal prononcé de habibi? Elkahna Talbi est à Mission encre noire, ce soir. Extrait:« Ma colère fraîche/dans l'allée d'épicerie/comprendre/face au fin fruit noir/tout ce qu'on a/dérobé à la vanille/nos histoires/éparpillées/sur la route/becs sucrés/goût amer.» Trou l'immortelle de Camille Thibodeau paru en 2021 aux éditions La mèche. Il y a 20 ans, le 28 octobre 1999 Abitibi-Consolidated annonçait la fermeture de son usine à Chandler, la Gapésia. Trinité Horth naît dans ce contexte de fin du monde. Le temps pour la Gazpézia de rajouter un z à son nom, Chandler de devenir candeur et pour Trinité de retrouver un souffle perdu dans le chaos de sa naissance à la veille de l’an 2000. Comment trouver sa place quand on a une face de truite n’a rien d’un conte de fée. Moquée, rejetée, Truite morte, ou simplement Trou, prendra la fuite à bord du char de Young Dick. Elle finira prostitué pour finalement échapper à son proxénète sous les conseils avisés d’une étoile de mer mauve. Camille Thibodeau vous offre une fuite irrésistible vers un imaginaire poétique foisonnant et drôle. Une fable marine immorale qui malgré un destin annoncé des plus funestes devient une quête de liberté. Aux frontières du fantastique, de la poésie et de la légende, j’accueille, Camille Thibodeau, ce soir, à Mission encre noire. Extrait:« Truite Morte rentre à la maison avec des points d'interrogation plein la bouche, harcèle sa mère à coups de pourquoi les gars aiment les fesses qui chient, pourquoi les belles parlent juste aux belles, pourquoi ma face est drôle de même? Nancy n'aime pas répondre aux questions. Elle dit va voir docteur Chéri, va voir père Bizou, va voir Miss Univers, mais certaines questions ne se posent pas aux inconnus. «Maman, pourquoi papa j'ai pas ? - Adéodat est mort avec l'usine.» La nuit, Truite Morte s'échappe par la fenêtre de sa chambre. Elle traverse la rue Reine pour aller fouiller les ruines de la Gaspézia, sniffer la sale machinerie, le sol banni où rien ne vit plus sauf quelques plantes et insectes mutants. Elle regagne son lit, buzzée, avant le réveil de sa mère et de sa soeur aînée.»  
60 min
Mission encre noire 12 octobre
Émission du 12 octobre 2021
Mission encre noire Tome 32 Chapitre 366. Ptoma, Un psy en chute libre par Nicolas Lévesque paru en 2021 aux éditions Varia dans la collection Proses de combat. Depuis 2019 et son précédent livre Phora paru aux éditions Varia, Nicolas Lévesque nous a déjà convié à partager sans langue de bois, le fil de sa pensée. Ptoma en est la suite. La racine grecque de ce mot signifie tomber. Même si l’idée d’arrêter l’écriture avec Phora l’a effleuré, une chose est certaine, et tant mieux pour nous lectrices et lecteurs, l’auteur ne peut se passer de son double écrivain. Selon plusieurs contexte, l'auteur nous invite à perdre pied, à lâcher prise, à faire face à l’imprévu. Au gré de ses interventions, il se livre comme jamais, sur sa pratique, sur le temps qui passe, l'amour, l'art, la pandémie, le Québec, le deuil, le rêve et cela fait du bien. Le tableau La sieste de Jean-François Millet lui sert formidablement d’objet transitionnel, pour ce nouvel exercice de libre parole. Nicolas Lévesque est invité à Mission encre noire. Extrait:« L'un de mes patients qui préfèrent s'allonger sur le divan a trouvé que le mouvement du mobilier coïncidait avec le changement qui s'opérait en lui:« Ça fait des années que je parle en regardant un mur et là je vois dehors, par la fenêtre, les arbres, le parc, la vie qui m'invite à la rejoindre. Je pense que j'ai fini de me tirer des balles dans le pied, Nicolas. Ça n'aide pas les gens de mon pays que je fonce dans le mur par culpabilité. Ça n'aide pas l'Amérique centrale que je ne devienne pas un modèle, ici, pour d'autres. Je regarde en avant, je vais dehors, je vis ma vie, j'avance et je trace des pistes pour ceux qui arriveront. T'aurais pas pu changer tes meubles de place avant ?» Pays Barbare par Jérémie McEwen paru en 2021 aux éditions Varia. L’auteur est philosophe et essayiste, il dresse un constat comme on tire un trait définitif: le Québec est gouverné par les hommes de la génération de son père. Ce père qui est en quelque sorte le personnage principal de ce livre auquel il s’adresse. Un truchement habile qui permet d’éplucher le conservatisme québécois, porté au pouvoir en 2018, qui autorise un politicien, tel François Legault, d’appeler à voter pour un pouvoir conservateur aux dernières élections fédérales, de manière naturelle et décomplexée. Jérémie McEwen était en sixième année lors de la première crise cardiaque de Jean McEwen. Dans le même temps il découvre le punk, Jello Biafra, Crass et No means No. Comme un écho à cette «énergie spéculative prête à exploser», cet essai, à la fois hommage et déclaration d'amour, indique également le nouveau chemin que l'auteur aimerait voir emprunter par le Québec de demain. Le 06 septembre 2018, 20 ans après sa mort son fils lit une lettre à son père sur les ondes de Radio Canada à l’occasion de l’exposition Poèmes barbares à la galerie Simon Blais. Il s'agit là, sans doute, de l'étincelle qui mène à ce livre. Je reçois Jérémie McEwen à Mission encre noire. Extrait:« Que voulais-tu dire en disant que la vie n'était pas si courte que ça ? J'ai longtemps tenu l'interprétation suivante. La vie est assez longue pour le regrets, pour ce sentiment d'avoir trop brûlé de ponts, pour cette impression d'avoir manqué son coup avec certaines personnes. Tu m'avertissais, me dis-je pendant vingt ans, qu'il fallait faire attention au monde autour de nous, tu n'avais pas fait attention à certaines personnes, aux femmes surtout, et tu t'étais retrouvé avec seulement les amis de ta deuxième femme autour de toi, des gens que tu trouvais agréables, mais ce n'étaient pas tes amis à toi, et tu me disais qu'avoir ses amis à soi était un bien plus précieux que tout, aussi précieux que l'amour lui-même. Tu n'avais que deux amis à toi au temps où je t'ai connu, seulement deux qui t'étaient restés fidèles malgré tes frasques, et tu m'avertissais que si je ne me rendais pas assez vite compte de la longueur de la vie, je vivrais trop, trop tôt, trop fort, trop bête. Cette bêtise t'habitait, tu ne le niais pas, tu savais qu'elle m'habitait aussi, et tu m'as averti de maintenir la bête non pas strictement en cage, mais plutôt apprivoisée juste assez pour qu'elle me serve, sans trop me nuire.»  
60 min
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