Nouveau v379
Mission encre noire

Émission du 27 avril 2021

Mission encre noire Tome 31 Chapitre 356. Ville contre Automobiles, redonner l’espace urbain aux piétons par Olivier Ducharme Paru en 2021 aux éditions Écosociété dans la collection Polémos Combattre, débattre. Dans la ville de demain, la voiture n'aura pas lieu d'être. Pour vous en convaincre Olivier Ducharme se propose de remettre les pendules à l'heure avec cet essai courageux et lucide. L'automobile est un piège dans lequel un pan entier de la planète est tombé. L'auteur livre un état des lieux exhaustif des dégâts  causés sur la ville et notre environnement direct par ce qu'il faut bien reconnaître comme l'invasion grandissante de ces «requins d'acier». L'automobile est devenue, à notre corps défendant, l'étalon de mesure de la planification urbaine, au détriment de la tranquillité de ses habitants. Sur le modèle de certaines métropoles européennes, Olivier Ducharme réclame ni plus ni moins que le bannissement des autos au profit du transport collectif, et de la marche, pour remettre la vie de quartier et une réelle transition écologique au coeur de nos préoccupations. Je reçois Olivier Ducharme à Mission encre noire. Extrait:« Broadacre City ressemble à une énorme banlieue qui s'étend à la grandeur du pays. Il devient difficile d'appeler cela une ville ; nous sommes plutôt devant un découpage du territoire divisé en unités d'une acre et traversé par un circuit d'autoroutes et de superautoroutes. Broadacre City est demeurée une vue de l'esprit. Nous ne sommes toutefois pas trop dépaysés face au portrait offert par Wright. Le parallèle avec la vie de banlieue actuelle est frappant. En plus de voir son utopie demeurer lettre morte, Wright a constaté que sa critique générale de la place de l'automobile dans les villes n'a pas été entendue. Pour Wright, la ville traditionnelle est trop étroite pour accueillir du matin au soir un flot continu d'automobiles. Il fallait repartir sur de nouvelles bases pour que les villes s'adaptent à la vitesse des automobiles et à leur constant besoin d'espace.» Faut-il en finir avec la civilisation, primitivisme et effondrement, par Pierre Madelin, paru en 2021 aux éditions Écosociété dans la collection Polémos Combattre, débattre. Et si les sources de la crise écologique actuelle se trouvaient quelques part il y a une dizaine de milliers d'années ? Est-il raisonnable de penser que c'est notre sédentarisation qui marquerait le début de la destruction de la nature ainsi que de celui de notre soumission à des systèmes de pensée écocides? Pour les partisans des théories primitivistes la réponse est oui. Pierre Madelin examine à la loupe ces propositions, dans l'urgence, comme s'il pressent le danger de tomber dans un piège idéologique se drapant dans les valeurs et les idéaux d’un monde moderne aux abois et avide de solutions à court terme. En contrepoint, l'auteur se consacre au rapport que les sociétés occidentales entretiennent avec la nature, à travers le «culte de la wilderness» (nature sauvage) par le biais de l'histoire de la création des grands parcs nationaux américains au XIXeme siècle et la rencontre de figures marquantes du mouvement tels Edward Abbey, John Muir et Henry David Thoreau. Pierre Madelin est invité à Mission encre noire. Extrait:« Sur le plan littéraire, c'est sans doute dans le Désert solitaire d'Edward Abbey, publié en 1968, que s'exprima avec la plus grande vigueur - mais aussi avec un sens de l'humour décapant - la critique déjà ancienne des parcs nationaux et de leur aménagement. Alors qu'il était employé saisonniers du parc national des Arches dans l'Utah, Abbey décrivit avec amertume tout ce qu'une zone naturelle protégée par l'État «comporte de policiers, d'administrateurs, de routes goudronnées, d'itinéraires aménagés pour les voitures, de points de vue panoramiques officiels, de terrains de camping obligés, de laveries automatiques, de cafétérias, de distributeurs de Coca-cola, de toilettes à chasse d'eau et de droits d'admission». Mais ce sont indéniablement les voitures, qu'il nomme selon les pages «coquilles métalliques», «mollusques à roulettes» ou fauteuils roulants motorisées», qui suscitèrent ses critiques les plus acerbes. Aussi appelle-t-il les visiteurs à quitter leurs voitures, à délaisser un rapport purement spectaculaire aux paysages afin de renouer avec une expérience physique, charnelle du monde: «soulevez vos derrières en caoutchouc-mousse, levez-vous, tenez-vous droit comme des hommes ! comme des femmes! comme des êtres humains! et marchez - marchez - MARCHEZ sur votre terre douce et bénis !». »  

Feuille de route

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Mission encre noire 02 mars
Émission du 1 mars 2022
Mission encre noire Tome 33 Chapitre 376. Corps rebelle, réflexions sur la Grossophobie par Gabrielle Lisa Collard autrice du blogue Dix Octobre paru en 2021 aux éditions Québec Amérique. Depuis l'année où le blogue Dix Octobre a été lancé, Gabrielle Lisa Collard a constaté plusieurs changements. L'industrie des régimes a perdu de sa crédibilité, une communauté soudée a vu le jour et une éditrice lui a demandé de publier ses textes dans un livre. L'aventure de Dix octobre (la date de sa fête) a débuté le 09 mai 2016 pour s'achever au printemps 2020. Si ce livre existe, ce n’est surtout pas pour vous dire quoi faire, mais plutôt pour constater la triste vérité. Il faut le reconnaître: nous sommes tout.e.s grossophobes. Nous entretenons activement des préjugés négatifs qui mènent invariablement à une forme d’apartheid anti-gros. Pour le dire autrement, le corps est notre pire ennemi. Ceci étant dit, la grossophobie est partout. Comme si être gros était inacceptable. L’autrice le déclare haut et fort, il n’y a rien de mal à l'être, personne ne choisit de le devenir. Vous avez le droit d’être gros. Il est urgent de prendre conscience d’un phénomène encore tabou, qui nous ronge en profondeur. Nous retournons le miroir vers nous, ce soir, à Mission encre noire, Gabrielle Lisa Collard est notre invité. Extrait:« On se sent mieux quand on pèse moins, aussi temporaire cet état soit-il, est-ce que c'est vraiment en raison du poids en moins, ou plutôt des effets bénéfiques de l'activité physique, du renforcement positif, des compliments, d'une saine alimentation, de l'approbation de nos pairs et du sentiment d'enfin avoir le droit d'exister et de s'aimer ? Parallèlement, savez-vous ce qui nuit concrètement à la santé ? La honte, la stigmatisation, la grossophobie médicale, les troubles alimentaires, les problèmes d'image corporelle et le stress, qui ont tous en commun d'être infligés aux personnes grosses par leur entourage et leur environnement. Pas par leur poids. Prendre soin de sa santé et maigrir sont deux quêtes radicalement différentes ; la première étant un choix personnel que chacun peut aborder de la façon qui lui convient et la seconde, boring as fuck. Vouloir maigrir, c'est boring. Les régimes sont d'un ennui mortel. Hiérarchiser les corps selon leur taille, comme si mince égalait forcément plus beau, plus en santé ou plus acceptable ? Yawn. On est tellement plus que notre apparence.» Ce qui nous lie, l’indépendance pour l’environnement et nos cultures, un collectif d’auteurices paru en 2021 aux éditions Écosociété sous la direction éditoriale de Sol Zanetti, avec des textes de Natasha Kanapé Fontaine, Catherine Dorion, Andrès Fontecilla, Ruba Ghazal, Christine Labrie, Alexandre Leduc, Émilise Lessard-Therrien, Vincent Marissal, Manon Massé, Gabriel Nadeau-Dubois, Michael Ottereyes. L’ensemble du corps des députés de Québec solidaire au complet se prête à un exercice de pré-campagne électorale. Chacun.e réaffirment dans de très courts textes, son adhésion au projet indépendantiste. Comme le souligne Natasha Kanapé Fontaine, en avant propos, il y a urgence à se rassembler derrière un projet commun d’envergure, tourner vers l’écologie, les cultures et la solidarité pour ralentir les effets des changements climatiques. 25 ans après le référendum de 1995, faire du Québec un pays, n’est pas un slogan, mais bien un appel au dépassement collectif vers un projet de société porteur d’espoir, pour un plus grand nombre de personnes et qui aura l’ambition de renouer avec tous les peuples ainsi que toutes les cultures présentes sur le territoire québécois, avec les peuples autochtones. Il est temps de faire l’histoire et non de la subir. Il est temps de rêver, comme l’écrit notre invité, Sol Zanetti, ce soir, à Mission encre noire. Extrait:« Lorsqu'on laisse la culture s'assécher, lorsque le ciment se fissure, c'est l'aliénation qui gagne nos peuples. Désunis, nous nous laissons déposséder. Nous devenons soudainement étrangers à nous-mêmes, modelés par les décisions des autres. Qui prendra les décisions qui mouleront notre avenir ? Qui décidera de ce que nous allons devenir comme peuples ? Et si la réponse était simplement: nous ? Rêver, en politique, c'est se projeter dans un horizon qui dépasse parfois ce que l'opinion de la majorité d'une époque donnée considère comme possible. Les rêves politiques sont les locomotives du progrès de l'humanité. Sans eux, nous serions condamnés à la stagnation. En cette ère de bouleversements climatiques, plusieurs doutent que nous arriverons à préserver les écosystèmes essentiels à notre survie comme espèce et une trop grande part de nos dirigeants semblent considérer impossible de mettre en place les mesures minimales pour y arriver. C'est une posture dangereuse. Le Québec ne doit surtout pas capituler et sombrer dans le pessimisme ; nous résigner à une vision trop étroite de ce qui est «possible» ou «réaliste» nous serait fatal. Nous devons à tout prix, comme d'autres l'ont fait avant nous, écouter notre audace en nous projetant au-delà de ces limites. En d'autres mots: Il y a urgence de rêver.»
60 min
Mission encre noire 16 février
Émission du 15 février 2022
Mission encre noire Tome 33 Chapitre 375. Western Spaghetti par Sara-Ànanda Fleury paru en 2021 aux éditions Le Quartanier dans la série QR. Et vous dans quelle vie vivez-vous? Interpelle Turtle dans la première des huit nouvelles qui compose ce recueil. On a beau être blanche, polie et maquillée, il faut bien nourrir sa famille malgré son compte bloqué. Arnold, lui, doit composer avec un beau-père, ancien alcoolique qui a viré évangéliste. Montréal ne devait être qu’une escale de 24 heures pour Mohamed, un jeune artiste d'origine kabyle, qui raffole de sa lumière. La ville est tellement belle. Doit-il partir ou bien rester? Trois enfants se posent même question. Ils vivent à leur manière un été brûlant sur la péninsule Bruce, entre la baie Géorgienne et le lac Huron. Une danseuse française de passage à Montréal avec sa petite famille, en profite pour revisiter son quartier préféré et ses fantômes. Un homme veuf découvre sur une série de diapositives inconnues, la double vie de sa femme décédée. Il décide de provoquer son ancien amant en duel. Wendy et Greg, deux professeurs d’urbanisme à l’université de Victoria confient l'entretien de leur maison, en leur absence, à un jeune couple improbable, qui déteste la vie ordinaire. Laura et Paul Habitent la réplique exacte d’un chalet Suisse sur l’avenue Rockland à Montréal. Leur permettra-t-il de lutter contre vents et marées. Ces admirables nouvelles révèlent les vies secrètes des familles, les trahisons, la force du lien qui les unit. Chaque expérience de vie, aussi banale soit-elle, vous rappelleront un quotidien ou des situations qui vous ressemblent étrangement. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Sara-Ànanda Fleury. Extrait:«Les enfants d'ici sont initiés à la terreur. On n'invente rien, finalement, on ne fait qu'attiser les frayeurs déjà tapies dans les coins, derrière les portes et sous les lits, logées là au fond du ventre. On pétrit ces images-monstres comme des figures de pâte à sel, et il n'en faut pas plus aux habitants de la péninsule pour croire aux bêtes qui dorment dans les cavernes sous les lacs, et qui parfois remontent à la surface pour réclamer leur dû. Ainsi les années passent. Les enfants restent. Peu d'entre eux essayeront de quitter ce territoire, et encore moins nombreux sont ceux qui tenteront de traverser le lac. Tout le monde ici sait naviguer, mais personne ne sait naviguer aussi loin, ou s'ils l'ont su, ils ont appris à l'oublier. Comme le reste.» Orange Pekoe par Benoît Bordeleau paru en 2021 aux éditions de la maison en feu. C'est à travers le regard de l’enfant, que Benoit Bordeleau, réinvente le territoire de ses souvenirs. Il se remémore le défunt grand-père, les lieux habités, les objets déposés ici et là. Chaque fragment d'écriture est l'occasion d'investir un territoire nouveau et de lutter contre les engrenages de l’oubli. L’auteur redécouvre ainsi un immense plaisir à arpenter les mots, à déambuler parmi les choses, à nommer les gestes, à mettre ses pas dans ceux de son grand-père, comme dans ceux des gens ordinaire croisés dans un décor autrement plus urbain. Dans Orange Pekoe, on marche le quotidien, pas à pas. On flâne. La mémoire de l’adulte se confronte aux souvenirs de l’enfance. Délicatement, l’auteur déplie un à un des morceaux choisis d’une vie solitaire en héritage, alors rangés dans de petites boîtes de photographies. La mémoire, on la porte sous le larynx. L'écriture donne la mesure du désordre. Benoît Bordeleau est invité, ce soir, à Mission encre noire. Extrait:« Assis dans berçante, le grand-père essaie de se souvenir à quand remonte sa connaissance de celles et ceux qui peuplent l'autour. Aucune date, aucun événement notable ne surgit à sa mémoire. Dans le recoin des petites souvenances ne lui reviennent que des grilles noires sur papier gris, parsemées de tâches bleues. Calendriers, mots-cachés? Il ne sait pas et alors il fait savoir - à qui veut l'entendre - qu'il vaut mieux avoir sous le capot des miettes d'engrenages que d'avoir dans l'oreille le ronflement constant d'un bétail depuis longtemps disparu (...) L'encombrement tient de la citadelle. Il met à disposition les fragilités - la vôtre, la mienne - et les fait s'unir, le temps de mettre l'eau à bouillir.»  
60 min
Mission encre noire 09 février
Émission du 8 février 2022
Mission encre noire Tome 33 Chapitre 374. Morel de Maxime Raymond Bock paru en 2021 aux éditions Le Cheval d’août. La première image de ce roman n’existe déjà plus, c’est celle de la page de couverture, le pont Jacques-Cartier étalé en construction. Nous n’appartenons pas à cette photo, nous sommes de ceux et celles qui empruntons le pont, depuis toujours, depuis l’oubli, depuis le futur. Pour un gars du faubourg à m’lasse cela veut dire autre chose. Ce quartier, ces maisons autour du pont, vont être rasées de près. La famille Morel, nous relie à ce quotidien ordinaire, celui des grand chantiers ouvriers, des églises, des funérailles, des ruelles, des usines désaffectées, des épiceries du coin, celui des sans-voix. Jean-Claude Morel, cet ouvrier anonyme aura creusé le métro et le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, fait surgir des autoroutes, pourtant sa demeure, sur la rue Notre-Dame sera taillée en pièce et sa famille expropriée. Sa petite-fille Catherine veut faire parler le sang, elle libérera la parole, car toute cette violence ça ne s'oublie pas. Maxime Raymond Bock raconte cette histoire, vu de l’intérieur, un fondu enchaîné sur la métamorphose de Montréal au 20 ème siècle. Il est notre invité ce soir à Mission encre noire. Extrait:« -Tu dis que ta vie est plate. Tu dois te sentir seul, aussi. Mais je suis certaine que t'as des beaux souvenirs. Tu pourrais m'en raconter un, pour commencer. Morel se garde de soupirer. Il est en effet seul avec ses souvenirs, qui ne se montrent jamais que dans le désordre. Un enchevêtrement de scènes imprévisibles qui se succèdent les unes les autres par accident, ainsi fonctionne la mémoire, avec culs-de-sac, histoires en suspens, intrigues irrésolues et disparitions inopinées, déclencheurs impromptus, relations profondes soudain devenues superficielles. Tant de détails pour tant de trous noirs. Et s'ils sont durs, ces souvenirs, c'est que la vie l'est elle-même, voilà une des rares choses desquelles il est certain, et cette certitude n'est pas sans issue d'une parole divine ni celle de quelque mortel que ce soit, mais de sa propre expérience. Si le passé a été vécu dans la difficulté, comment y revenir avec le sourire? Peut-être grâce à la sagesse. Ce mot si commun dont il ne saisit pas tout à fait la signification, sinon quand elle concerne les enfants dociles.» Quelques découvertes de lecture de confinement: Le chien de Akiz, traduit de l'allemand par Brice Germain paru en 2021 aux éditions Flammarion. Un roman truculent, drôle, on pourrait dire gargantuesque qui nous fait découvrir les arrières cours de restaurants prestigieux à travers un personnage énigmatique: le chien. Un jeune homme qui, lit-on, partage, avec Grenouille de Patrick Suskind, un destin des plus sordide. Solak par Caroline Hinault paru en 2021 aux éditions Rouergue Noir. Un polar de saison, pour celles et ceux qui aiment les huis clos tendus, où planent une menace sourde et cruelle: l'hiver éternel du cercle polaire. Vous serez pris dans les glaces dans un environnement sans pitié. Caroline Hinault vous saisie jusqu'à l'effroi pour ce premier roman, un vrai petit bijou qui ne déçoit pas jusqu'à son dénouement. Une guerre sans fin de Jean-Pierre Perrin paru en 2021 aux éditions Rivages/Noir. À travers le destin croisé de trois hommes, Jean-Pierre Perrin, grand reporter et spécialiste du Moyen-Orient, rend un hommage, non seulement à une région martyre, la Syrie, mais également aux victimes. beaucoup de ces pages sont bouleversantes d'humanité. Vous serez emportés par ces trajectoires de vie folles, au milieu des bombes. À mi-chemin du polar, du thriller et du roman de guerre, cette histoire n'est pas sans évoquer d'autres descentes au coeur des ténèbres chez Joseph Conrad ou dans le froid réalisme du reportage de guerre cher à Joseph Kessel.    
60 min
Mission encre noire 02 février
Émission du 1 février 2022
Mission encre noire Tome 33 Chapitre 373. Les ombres filantes de Christian Guay-Poliquin paru en 2021 aux éditions La Peuplade. Je vous souhaite mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2022. Et pour entamer nos cycles de rencontres d’écrivaines et d’écrivains d’ici et d’ailleurs, commençons par une panne d’électricité géante, celle qui paralyse le pays depuis les trois premiers romans de Christian Guay-Poliquin. Le protagoniste de ce troisième volet avance seul, sac au dos, blessé à un genou, à travers une forêt hostile en direction du camp de chasse où sa famille à trouver refuge. Il se sait menacé. L’homme va faire la rencontre d’Olio, un orphelin d’une douzaine d’année, auquel il va finir par s’attacher comme à un fils. Loin du monde, ils vont unir leur force pour déjouer les obstacles qui ne manqueront pas de surgir. Fort du succès populaire et critique du Fil du kilomètre paru en 2014 et de celui aussi prestigieux du Poids de la neige paru en 2016 aux éditions La Peuplade, un roman couronné par les Prix du Gouverneur Général, le Prix littéraire des collégiens et traduit dans une dizaine de langues, Les ombres filantes annonce une fortune tout aussi équivalente. Je vous propose de remonter les temps anciens et de tomber sous le règne de la forêt, ce soir, à Mission encre noire en compagnie de Christian Guay-Poliquin. Extrait:« Je regarde mes mains noircies par l'huile. Elles me rappellent une vie passée, enfouie, comme le pétrole sous la terre et le temps des dinosaures. Avec la panne, je pensais que mon métier allait s'éteindre en même temps que la lumière des raffineries et des stations-services. Rien de tel finalement. Le vieux monde est tenace et, partout où j'irai, j'ai bien peur qu'il y ait toujours des moteurs à réparer. Je me ressaisis et m'attarde à la génératrice. Même problème avec le carburateur. J'évalue les scies à chaîne, pareil. Je réfléchis. C'est probablement à cause de l'essence qui s'évente. Malgré tout le stabilisateur qu'ils ont mis dans les jerricans, c'est inévitable. Pour l'instant, ça peut encore aller, mais dans quelques mois, toutes ces belles réserves de carburant ne serviront plus à rien, sinon à étrangler les moteurs.» Impromptu de Catherine Mavrikakis paru en 2022 aux éditions Héliotrope. Europe, je t'aime, moi non plus. Dans un court roman, Catherine Mavrikakis entreprend de décrire les liens affectifs qui nous rattachent au Vieux Continent et à sa «grande culture». Distillé d'une bonne dose d’humour et d'une pincée d’ironie, ce texte nous narre la rencontre surprenante entre une jeune étudiante spécialisée en littérature allemande et son professeur Mueller-Stahl, au détour d’un distributeur de billet de banque. Bien emprunté sur la manière d’utiliser le dit guichet automatique, le vieux professeur lui emprunte quelques billets. De façon assez étonnante, les tribulations nées de cette rencontre hasardeuse vont se révéler cruciales pour Caroline Akerman-Marchand . Catherine Mavrikakis en profite pour tourner en dérision ce quelque chose de la condescendance européenne qui perdure encore aujourd’hui, dans les rapports qui se tissent entre l’Europe et les autres continents, en particulier ici, au Québec. Cette satire, qui n’épargne ni les uns/unes ni les autres, permet également de se moquer de l’admiration béate des intellectuels québécois et nord américains. C'est un point de vue qui n’est pas sans rappeler le long soliloque rageur du troisième roman de l’autrice, Fleurs de crachat, dont les premières lignes vibraient de défi. Pour en savoir plus, je reçois Catherine Mavrikakis, ce soir, à Mission encre noire. Extrait:« C'est donc avec un immense espoir, celui d'une vie meilleure, que je me rendis à son bureau, le lendemain de ma rencontre fortuite à la banque avec le professeur Mueller-Stahl. J'avais tant à lui dire et à lui demander...Mais il avait vraisemblablement oublié notre rendez-vous et mes 50 dollars. Je revins le vendredi et me présentai à nouveau le lundi. Ce jour-là, une secrétaire bien aimable et surtout très présente, malgré les remarques de Mueller-Stahl sur l'université et son personnel, me dit que le professeur ne reviendrait qu'en septembre, qu'il était parti en Europe faire de la recherche. Je ne revis mon professeur qu'à la rentrée. Il accepta de diriger mon mémoire à condition que je cite Schlegel. Je continuais de travailler mon allemand, nous conversions dans la langue de Goethe, et ici l'expression est bien littérale, puisque je m'adonnais au Hochdeutsch sorti tout droit des textes du XIXe siècle, du romantisme et du préromantisme. Néanmoins, je n'eus jamais le courage de demander à Karlheinz Mueller-Stahl mes 50 dollars. C'était une somme importante pour moi qui n'avais pas un sou. Mais comment demander au spécialiste de la littérature romantique de penser à ma situation financière? À mes 50 dollars, il ne songea bien sûr jamais.»
60 min
Mission encre noire 15 décembre
Émission du 14 décembre 2021
Mission encre noire Tome 32 Chapitre 372. Jusqu’au dernier cri de Martin Michaud, une enquête de Victor Lessard, parue en 2021 aux éditions Libre expression. Au milieu d'une violente tempête, le sergent détective Victor Lessard, enfourche une Honda CR250M Elsinore, il passe en première et actionne le levier d’embrayage pour une course poursuite des plus mémorable au cœur des paysages sauvages englobant la route de la Baie-James. Car voilà, suite à l’assassinat de trois membres d’un puissant cartel de trafiquants d’opium, un précieux colis a été dérobé aux trafiquants qui n’entendent pas à plaisanter. L'enquête déraille rapidement, lorsqu'un homme en fuite, prend huit personnes en otage dans une mine de Matagani. Alors qu'il accompagne Jacinthe Taillon dans la salle d'attente d'un hôpital, à la demande de la GRC, Victor est le seul individu à qui le criminel veut s’adresser. Les deux enquêteurs du SPVM se retrouvent précipités dans une chasse à l’homme haletante, sur les traces de l’auteur du triple meurtre. Embarquez dès ce soir avec moi vers le Nord-du-Québec, histoire de renouer avec les deux inséparables enquêteurs Lessard et Taillon, de croiser Yogi Berra, Scotty Bowman, Victor Hugo, Christopher Walken, Fellini, et bien d’autres, sans oublier bien sûr la montre Hamilton héritée de son mentor Ted, un gant de baseball fétiche et le So what de Miles Davis. J'accueille ce soir, à Mission encre noire, le maître du thriller québécois, Martin Michaud. Extrait:« Victor sentit un craquement sous les semelles de ses bottes élimées. Il s'arrêta et en identifia la cause: il venait de marcher sur des éclats de verre. Il comprit alors pourquoi il n'apercevait toujours pas le haut de l'escalier: des ampoules avaient été sciemment brisées pour plonger l'endroit dans la pénombre. Alors que Victor reprenait son avancée, une certitude s'imposa à son esprit: Le déclencheur de ses pensées négatives avait été la simple mention de son frère, qui le ramenait en arrière, au coeur de son passé, et lui nouait l'estomac. Victor tourna brusquement la tête vers sa droite, là où un grondement bientôt assourdissant secoua la tour, faisant frémir les murs: un hélicoptère survola le site avec fracas, puis le bruit s'amenuisa jusqu'à s'éteindre. Il montait les dernières marches quand une des portes doubles en haut de l'escalier s'ouvrit lentement vers l'intérieur, sans un bruit. Le sergent-détective inspira à fond de nouveau et franchit l'encadrement avec circonspection ; il avança à tâtons dans l'obscurité de la pièce, dont il distinguait vaguement les contours. La porte se referma brutalement dans son dos, une silhouette apparut dans sa vison périphérique et une voix tonna.»   Les gouffres du Karst, une enquête d’Alexandre Jobin par André Jacques, parue en 2021 aux éditions Druide. En 2005, rien n’empêche Alexandre Jobin de voyager en Italie ou en Croatie, du moins pas encore. Le retraité de l’armée canadienne, antiquaire à ses heures perdues, est appelé à la rescousse par le service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) alors qu’un meurtre perpétué dans une zone industrielle proche du parc Jarry dévoile une sombre affaire de trafic d’armes et d’œuvres d’art. L'opération visant à démanteler le réseau criminel a mal tourné. La découverte de l’identité du mort, un ancien camarade d’unité lors de deux déploiement dans les Balkans, achève de convaincre Alexandre Jobin. De Montréal en passant par Trieste et Dubrovnic, le personnage fétiche de l’auteur s’immerge de nouveau dans un passé à l’odeur infecte, qui le mènera les yeux remplis d’effroi aux bords des gouffres du Karst. Il y retrouvera fatalement une vieille connaissance, qui, jusque là, hantait seulement ses cauchemars. Au son lointain du chant du Muezzin, et de quelques détonations, la sulfureuse Pavie, l’assistante toute dévouée de Jobin, Isabelle Ménard, Le vieux Sam Wronski, l’ignoble Dragomir Broz et bien sûr la charmante Chrysanthy Orowitzn marquent de leur présence le studio, ce soir. André jacques est invité à Mission encre noire. Extrait:« La pluie a repris. La nuit est tombée. Circulation moins dense sur Van Horne. Presque aucun piéton. Alexandre n'a pas mis l'éclairage, n'a pas installé le trépied ni l'appareil photo. Simplement écarté un peu le rideau. Depuis trois heures, il observe le Zadar, les allées et venues des clients habituels qu'il commence à reconnaître: le vieux avec sa canne, les deux colosses aux allures de débardeurs. Le jeune Josip ne s'est pas pointé. Bien! Il a compris. Ni Petar Horvat d'ailleurs. Moins bien! Mais Baldo Broz est arrivé, seul, il y a environ une heure. À moins qu'il n'ait emprunté la sortie du bureau à l'arrière, il devrait être encore à l'intérieur. Deux clients, les débardeurs, sortent. Un peu chancelants. On commence à éteindre l'éclairage dans le bar. Si Baldo doit sortir ce sera dans les minutes qui viennent. Alexandre referme le rideau, met son blouson et la casquette des Expos. Vérifie de la main gauche si l'arme est toujours bien en place, coincée dans son dos par la ceinture de son pantalon. Puis, il dévale l'escalier, ouvre la porte de derrière, court vers l'avant par la ruelle. se blottit dans l'ombre au coin de l'immeuble et attend de nouveau.»
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