Zone Homa | Stanford: Le jeu du pouvoir

19 août 2016 publié par Camille P. Parent

Zone Homa | Stanford: Le jeu du pouvoir
Télécharger

Le spectacle Stanford de Natacha Filiatrault, présenté à l’Espace Libre le 17 août dans le cadre du festival Zone Homa, est un spectacle comme je n’en avais jamais vu auparavant. On parle d’un spectacle de danse contemporaine où le public est maître du jeu. Un laboratoire librement inspiré de l’expérience de Stanford menée en 1971.

L’expérience de Stanford séparait un groupe de personnes en deux, en « policiers » et en « détenus ». La simulation devait durer deux semaines, et la seule règle était de ne jamais utiliser de violence physique. Tout le reste était ok. Vous pouvez deviner que ç’a évidemment très mal tourné. L’expérience a été interrompue après six jours, faute de traumatismes psychologiques et d’un flagrant manque d’éthique. Je rappelle que le spectacle Stanford est seulement librement inspiré de l’expérience. Dans le fond, c’est le principe et le résultat de l’expérience qui étaient utilisés.

 

 

Sur le programme :

1. Aller voir le spectacle
2. Avoir envie de voir des interprètes saigner sur scène
3. Rester passif et prudent dans mon appréciation immédiate
4. Arriver chez moi
5. Magasiner les opinions de mes pairs sur les réseaux sociaux
6. Poster mon opinion
7. Bien dormir malgré mon envie de sang

Ça part bien.

La foule était accueillie dans le lobby par David Strasbourg qui faisait entrer la foule par élimination : « ceux qui ont vu au-dessus de 75 shows de danse contemporaine », « ceux qui en ont vu une quinzaine, mais ne comprennent toujours rien », « ceux qui sont stagiaire UDA non actif », « ceux qui sont ici seulement parce qu’ils connaissent quelqu’un dans le show » et finalement, puisqu’il restait encore trop de monde dans le lobby, « ceux qui préfèrent les chiens aux chats ». C’est évidemment à ce moment-là que je suis entrée.

Sur les bancs de la salle, on retrouvait des cartons de couleurs jaune, rouge, vert et bleu, une banane qui était tatouée des mots « Mangez-moi » et des ballons de plage à nos pieds. Sur scène, quatre figures aux quatre coins, en silence. C’étaient les quatre danseurs du spectacle. Ils étaient costumés, masqués et bougeaient de manière inhumaine. On les appelait « les bêtes » et chacune était définie d’une couleur : jaune, rouge, vert et bleu. Elles nous ont été présentées par pseudonymes dignes de gameurs.

Avant de lancer le spectacle, un spot s’est allumé sur un bouton rouge sur un piédestal. Il s’agissait du bouton d’arrêt du spectacle. Ce bouton arrêtait littéralement le spectacle une fois actionné. Pour ce faire, toute personne souhaitant interrompre le spectacle devait se lever, se tourner face au public et, d’un geste théâtral, appuyer sur le bouton. Mais attention, le spectacle se terminerait là, comme ça, c’est tout. Le public l’a pris comme un « voyons dont », sans lui porter plus attention.

Strasbourg nous a invités à participer à fond au spectacle puisque, après tout, nous étions en contrôle. Comme dans un jeu vidéo, il nous a proposé une game de 50 minutes. Les minutes ont alors commencé à s’écouler en projection sur le mur du fond. Il nous a ensuite expliqué qu’on jouerait ensemble une game de plusieurs niveaux. Puis, tour à tour, les bêtes nous ont présenté un court solo.

Une fois les présentations terminées, le public a eu droit à un numéro de groupe, un numéro où les danseurs effectuaient différents portés, grimpaient les uns sur les autres, dansaient étendus sur le sol, le tout sur une musique électro entraînante. On ne se doutait pas que ce numéro, on le verrait cinq fois dans la soirée.

Niveau 1

Avant de se lancer, le public devait choisir un objet qui deviendrait une contrainte aux danseurs. On avait choix entre quatre objets, dont le fameux ballon de plage qui nous titillait d’avance à nos pieds. On a alors voté avec nos cartons de couleur pour la bête qui tenait le ballon de plage et c’est celui-ci qui l’a emporté.

Seulement, ce n’est pas les danseurs qui devaient danser avec le ballon. Ils devaient plutôt danser à travers les ballons que le public était fortement invité à leur lancer. C’était drôle et bon enfant.

Niveau 2

Le choix du niveau deux n’en était pas vraiment un au final, puisque toutes les bêtes nous suggéraient la banane.

On nous a d’abord dit d’ouvrir notre banane librement et d’en manger si l’envie nous prenait. Puis, la première banane a volé. Puis une autre, puis une autre. On nous encourageait à lancer nos pelures de bananes aux danseurs. Encore une fois, c’était drôle et bon enfant, comme jouer avec sa nourriture.

Niveau 3

Au troisième niveau, on avait droit de choisir deux objets, entre un sac de papier brun, une balle de ping-pong, un jeu d’eau gonflable et une balloune d’hélium. Le public a voté pour la balle de ping-pong et la balloune.

Les danseurs devaient donc danser en tenant leur balloune et valser entre une centaine de balles de ping-pong. Ça n’a pas pris très long pour voir les danseurs perdre pied à cause des balles et des bananes bien glissantes.

On entendait la foule glousser à les voir danser de manière maladroite. Un peu moins drôle, mais toujours bon enfant.

Niveau 4

La décision du niveau quatre se jouait entre une bonne bière froide, un berlingot de mélasse, une bobette et un sac de papier brun à nouveau. On devait en choisir trois. Bien que la majorité du monde souhaitait voir couler la bière froide, ce sont les trois autres objets qui l’ont emporté.

Ça signifiait qu’en plus des ballons de plage, des balles de ping-pong, des ballons d’hélium et des bananes, nos bêtes devaient danser en bobette, enduits de mélasse – bien étendue par les techniciens qui ont rajouté des plumes colorées en prime – avec un sac de papier brun non perforé sur la tête.

Ils devaient se trouver dans l’obscurité pour faire leurs différents mouvements et perdaient encore pied. Les portés étaient devenus impossibles à cause de la mélasse et des différents objets au sol. Les bêtes se devaient tout de même de mimer le mouvement.

Ce n’était plus drôle, ce n’était plus bon enfant. On se prenait à glousser encore par moments, mais plus ça allait, plus ça devenait quasi-humiliant.

Ils n’ont pas eu le temps de terminer leur chorégraphie qui prenait trop de temps, faute de toutes les contraintes. Strasbourg nous a donc amené vers le niveau 5

Niveau 5

Il n’y avait pas de choix à ce palier-là. C’était soit trappe à souris, trappe à souris, trappe à souris ou trappe à souris. Les cartons de couleur se sont élevés de façon plus gênée cette fois-ci.

Les danseurs, presque à poil, qui dansaient au sol, avec un sac en papier non perforé, devaient faire leur chorégraphie à travers d’innombrables trappes à souris. La préparation était plus longue et délicate pour s’assurer de ne pas déclencher les trappes, ce qui nous laissait plus de temps avec nous même à se demander : « J’ai tu vraiment le goût de voir ça, moé là? »

Comme de fait, une occupante de la première rangée s’est levée, s’est positionnée face à nous, à côté du bouton rouge, a levé sa main, incertaine si le reste du public était d’accord, et, sous des applaudissements approbateurs, elle a actionné le bouton d’arrêt.

La lumière de la salle s’est rallumée, le décompte qui affichait les neuf minutes restantes s’est changé en projection de la foule, et les danseurs sont sortis de scène. La foule est restée plantée là à applaudir, en réfléchissant si peut-être on avait pris la mauvaise décision tant tout s’est tellement terminé de manière abrupte.

J’ai quitté la salle pour rentrer chez nous avec la déception de ne pas avoir vu le spectacle jusqu’au bout, mais en même temps, en me disant que je ne sais pas comment j’aurais vécu de voir ces danseurs potentiellement se faire mal sur ces trappes à souris. Je me suis demandé aussi comment j’aurais vécu après avoir vu ces danseurs, ces « bêtes » se blesser. Je me serais sans doute senti comme de la marde de leur avoir infligé ça. La curiosité d’avoir manqué quelque chose était forte. C’était sans doute l’envie de sang, prévue par la production, qui me hantait. Qui me hante encore.


Retour aux nouvelles

VOUS AIMEREZ AUSSI

Nouvelle

Festival en chanson de Petite-Vallée | Jour 2

03 juillet 2016 publié par Camille P. Parent

Le jour 2 a été quand même tranquille, mais le soleil était au rendez-vous. Le ciel était bleu, la mer était calme, ferme ta… ok non, on passe à un autre numéro. Au menu du jour 2 : Déjeuner, Émile Bilodeau, Plume...

Plus de détails
Nouvelle

Entrevue avec Pierre Pirotte de la Biennale de Montréal

27 octobre 2016 publié par Camille P. Parent

La semaine dernière Maude Fraser Jodoin s'est entretenue avec le commissaire d'exposition de la Biennale de Montréal pour tout savoir et tout comprendre sur cet événement qui se passe du 19 octobre 2016 au 15 janvier 2017.

Plus de détails
Nouvelle

Festival en chanson de Petite-Vallée | Jour 4

07 juillet 2016 publié par Camille P. Parent

Dernière journée au Festival en chanson de Petite-Vallée, snif ! Au menu aujourd’hui : Chloé Ste-Marie, Dans l’Shed, Hommage aux Trois Accords et Raton Lover Je pense que le trop-plein d’émotions et d’anecdotes de la veille a...

Plus de détails

CHOQ.CA

CHOQ.ca est la plateforme média numérique de la communauté universitaire de l’UQAM. Elle favorise les projets, les partenariats et l’apprentissage au sein de sa communauté et est toujours à l’affût des nouvelles tendances radiophoniques et médiatiques.

La radio

Inscris-toi à notre infolettre

Nous joindre

Téléphone

514-987-3000 poste 2629

En studio

514-987-3000 poste 1610

Courriel

info@choq.ca

Horaire Administratif

Été: lundi au jeudi de 9h à 18h

Automne-Hiver: lundi au vendredi de 9h à 18h

Emplacement du studio

Local A-M930

400 rue Sainte-Catherine Est

Pavillon Hubert-Aquin (niveau métro)

Montréal (Québec) H2L 2C5

Adresse postale

CHOQ, la radio Web de l'UQAM

Case postale 8888 succ. Centre-Ville

Montréal (Québec) H3C 3P8