Retour sur le concert d'Anthony Braxton Sextet

20 juin 2017 publié par Maxime Bouchard

Retour sur le concert d'Anthony Braxton Sextet

Anthony Braxton Sextet, 16 juin 2017, Sala Rossa

Eh bien, ça fait un bail que je n'ai pas écrit un compte-rendu de concert. J'ai clairement mis la pédale douce la dernière année en termes de concert jazz. Mettons que vivre à Québec explique pas mal la chose conjugué à la disparition du site Camuz pour lequel j'écrivais régulièrement. Puisque j'étais en vacances à l'extérieure du pays, j'ai manqué tous les bons concerts jazz/avant-jazz de la programmation du Suoni Per Il Popolo cette année. Il s'agissait d'ailleurs de l'une des meilleures sélections des récentes éditions, du solide, de l'éclaté, du bon goût, du sauvage !

Heureusement, j'étais de retour en sol québécois à temps pour LE concert du festival, j'ai nommé le Anthony Braxton Sextet. My my my, je n'ai pas souvenir du dernier passage ici du vénérable multi-instrumentiste, éducateur et compositeur américain. Ça remonte à plus de 15 ans probablement. Habitué du Festival international de musique actuelle de Victoriaville, il faut plutôt se déplacer vers le centre du Québec afin de l'entendre puisqu'il y va régulièrement (il y était en solo en mai). Jamais je n'avais eu le privilège de le voir en personne.

Cette fois-ci, c'est dans l'intimité de la Sala Rossa que nous avions l'opportunité de se frotter à ce géant de la musique tout style confondu. Ce fut une rencontre unique et certainement mémorable pour les mélomanes ayant rempli la salle à pleine capacité.

Née en 1945, on peut dire d'Anthony Braxton qu'il propose depuis plus de 50 ans, une œuvre radical, plutôt cérébrale, où l'improvisation libre rejoint la musique contemporaine, la recherche texturale et l'expérimentation continuelle. Son corpus est immense, intimidant, on parle sans doute de plusieurs centaines de compositions (visitez son site officiel pour vous en convaincre). Solo, duo, trio, quartet, grands ensembles, il dépasse la forme traditionnelle jazz afin d'embrasser un champ des possibles infinis. Avec lui, l'on ne sait pas à quoi s'attendre, mais l'on sait que ça sera particulier, un événement !

C'est cet état d'esprit qui m'habitait en allant assister à ce concert puisque je connaissais seulement 2 des 6 musiciens à l'affiche. Ce fut une excitante surprise. Avez-vous déjà vu deux harpes sur une même scène ? C'est ce que je pensais. Outre Braxton aux anches, on retrouvait Taylor Ho Bynum aux cuivres, Dan Peck au tuba, Adam Matlock à l’accordéon et flûtes ainsi que Jacqueline Kerrod et Shelley Burgon à la harpe. Voilà certes une formation plutôt hétéroclite pour un concert "jazz".

La musique fut à l'avenant. Une fois les musiciens installés derrière leur lutrin, Braxton tourna un sablier placé sur un tabouret au centre de la scène et nous furent immédiatement transporté dans un univers sonore onirique, parfois magique, fantasmagorique. La présence des harpes englobait de manière cinématique l'architecture sonore. Superbe instrument utilisé ici de manière non classique. Pendant plus de 50 minutes, nous avons ainsi suivi la troupe dans une marche fabuleuse à travers différents mouvements où Braxton dirigeait de manière non intrusive ses collègues par quelques signes.

Oui il y avait place à l'improvisation, mais le tout semblait orchestré, bien dosé. L'amalgame des 6 instruments rendait la joute intrigante. L'on se surprenait à regarder l'accordéoniste étendre ses notes derrière le cornet qui égrenait une longue complainte. L'on allait voir du côté du tuba muni d'une immense sourdine mettre du gras sur la partition comme du beurre sur une tartine. Brrrr brrrrr brrrrrrr. Devant, Braxton changeait souvent d'instrument (différents saxophones) pour y aller de quelques brefs solos énergiques où l'on retrouvait la fougue et l'attitude des années 70. Même chose pour Ho Bynum qui alternait entre trompette, trombone et cornet. Ce n'était pas une musique violente. Le tempo était moyen avec quelques montées d'adrénaline circonscrite soutenue par une riche partition aux complexes ramifications.

Pour tout dire, j'avais parfois l'impression d'être plongé dans une forêt scandinave où des animaux enchanteurs venaient à ma rencontre. Ça bruissait, ça couinait, les harpes s'envolaient. Bonsoir, bonsoir, viens par ici…J'acceptai la proposition, je me suis laissé guidé, je me suis laisser bercer par le génie d'Anthony Braxton.

Une fois le dernier grain de sable tombé, Braxton présenta les musiciens, puis remercia le public. Immense éclat de joie dans la foule, ovation debout, acclamation ! Tout était dit, tout fut ressenti, dans un très beau rêve éveillé.


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