Légalisation : l'apocalypse évitée

17 octobre 2018 publié par Mathieu Aubre

Légalisation : l'apocalypse évitée

Depuis plusieurs semaines, les crieurs réactionnaires issus d’un Moyen-Âge politique nous annoncent la même nouvelle : un incontournable Apocalypse, gracieuseté de Justin Trudeau. Oui, le pot est légal depuis maintenant quelques heures, et pourtant tout tourne encore rond au Québec. Quoique ça reste toujours relatif…

Question de marquer le pas, je me pointe dès 6h du matin sur les lieux du crime, soit la devanture de la SQDC sur la rue St-Hubert, juste au sud de Bélanger, trônant fièrement entre deux boutiques de robes de bal cheap et une pipine. Les hordes de drogués en manque annoncées par le président de la société d’État Alain Brunet, qui s’attendait à une file d’attente digne de l’ouverture d’un Apple Store, ne sont pas au rendez-vous. Je rencontre plutôt une dizaine de personnes entre deux âges assez calmes merci. Ça promet pour les quatre heures d’attente au froid et à la pluie…

Déjà, je ne suis pas le seul journaliste sur place. D’autres sont déjà affairés à recueillir des témoignages ou à produire des Facebook live probablement bien sombres. Ce qui me différencie, c’est que je suis visiblement le seul à me réserver une place dans la file au passage. Tant qu’à être arrivé dans les premiers, on va en profiter hein! Bientôt, l’action arrive. Vers le coup de 7h, je suis rejoint par des amis et collègues, dont François Larivière, directeur des ventes de CHOQ.ca. Ils sont rapidement suivis par un énergumène d’un autre monde. Un vieux bonhomme se présente à nous, chevauchant sa moto sur le trottoir et injuriant les passants, avant de tout bonnement se garer dans l’entrée d’un magasin pour venir nous rejoindre le plus naturellement du monde. Il deviendra bien évidemment un bon chum de tout ce beau monde, maintenant composé d’une trentaine de représentants. On en profite aussi pour jaser avec les premiers arrivés, dont Claude, un homme de 76 ans qui fume «du pot pas fort» occasionnellement.

Alors que les travaux sur la rue commencent, d’autres acteurs prennent également place. Des représentants de la CSN se pointent dans l’objectif avoué de convertir les employés à leur centrale avant même le début de leur premier shift officiel. La guerre ouverte avec la FTQ pour savoir qui se chargera des succursales ouvertes et futures n’est pas plus subtile qu’il faut et les efforts sont donc marqués. Le représentant avec qui je discuterai poussera éventuellement l’audace jusqu’à suivre des employés dans le portique du magasin pour leur faire signer des cartes d’adhésion, provoquant au passage la colère de certains. D’autres passeront d’ailleurs par l’arrière de la boutique pour les éviter et la police viendra tenter d’encadrer autant les syndicaliste que la file qui continue de s’allonger, malgré le froid et la pluie.

Vers 9h, la situation s’améliore. Près de 150 personnes s’entassent sur le trottoir et le soleil se montre enfin le bout du nez. Les journalistes font également leur arrivée massive. Si la majorité d’entre eux auront choisi d’aller s’installer près de la succursale sur Ste-Catherine, où les sans-abris se font nombreux et où le public est probablement plus facile à démoniser, d’autres, souvent plus indépendants, viendront nous rejoindre. Mon propre rôle se trouve bientôt challengé. Étant arrivé dans les premiers, je me trouve rapidement être une proie de choix pour ces affamés d’une bonne photo ou d’un clip utilisable. Je passe tour à tour aux micros de Radio-Canada, d’une radio italienne, de Urbania, d’étudiants en journalisme à l’UdeM, d’une station télé d’Ottawa et finalement je jase même avec un envoyé spécial du New York Times. Checkez ben la vedette demain, vous autres.

À 10h tapant, le moment tant attendu arrive : les portes ouvrent. Tous ceux qui comme moi n’auront pas fait leurs achats dès 9h, heure de l’entrée en fonction du site de la SQDC, peuvent maintenant enfin accéder à la substance promise. Or, l’enchaînement est pas mal moins historique qu’on pourrait le penser. Des passants tentent de frayer leur chemin dans la file et la police a de la difficulté avec la gestion de foule. On n’entre donc au magasin au compte-goutte et en se battant presque pour y avoir accès. De plus, je ne vois personne se faire carter, incluant deux jeunes de 18 ans.

À l’intérieur, on se sent un peu comme dans une pharmacie. La musique à chier nous rappelle qu’on n’est pas là pour avoir du fun et l’ambiance épurée plein de télé reste relativement froide. Seul le mur de produits, aussi chatoyant qu’un David’s Tea laisse deviner le bonheur potentiel que les clients obtiendront à la sortie du magasin.

On se dirige rapidement vers un conseiller, question de les tester un peu. J’en tire un verdict mitigé. S’ils font preuve de bonne foi et tente du mieux de leur connaissance d’accommoder les clients, on voit rapidement qu’ils ne sont pas encore tout à fait à l’aise avec leurs produits, surtout considérant un inventaire encore déficient. Certains semblent même n’avoir jamais fumé de leur vie. Reste qu’ils sont toutefois tous souriants et beaucoup moins moralisateurs que ce l’on pouvait espérer de la part d’une société d’État clairement pas aussi down avec sa tâche que le reste des gens.

Je ne fais personnellement aucun achat, mais mes cinq amis ressortent avec des produits totalisant une facture totale de plus de 500$. Les ventes risquent d’être assez bonnes aujourd’hui. Et les prix ne sont pas si pires. Pour les 3,5g, format de base pour la vente, on se situe en moyenne entre 0,5$ et 1,5$ au-dessus du prix estimé du marché noir. Les joints préroulés se vendent également environ 5$ chacun, un bon prix pour les personnes qui souhaitent s’initier sans avoir à tout rouler elles-mêmes. C’est plutôt en ce qui a trait aux gros achats, comme les gros paquets, les sprays et gouttes, que ça se gâte. Un acheteur sur le marché noir peut obtenir des rabais lorsqu’il achète des grosses quantités. Ce rabais est, d'ailleurs, interdit par la loi, de façon à ne pas encourager la consommation. La SQDC a toutefois déjà dit être prête à réviser ses tarifs, pour mieux accoter ceux du marché. On verra donc peut-être la situation évoluer dans les prochaines semaines, quoique François Legault ne semble pas plus emballé qu’il faut par ce ‘’nouveau’’ produit.

La cohue n’est donc vraiment pas aussi dramatique qu’on aurait pensé, comme le suggéraient les médias de Québécor dans les dernières semaines. Et à l’inverse, l’expérience offerte par la SQDC est étonnamment plus agréable que ce à quoi je m’attendais. Une fois la folie collective passée, quand les choses seront plus calmes et les conseillers mieux préparés, je serais bien intrigué d’aller y refaire un tour. Si l’on ne peut pas sentir les produits avant l’achat, les «pastilles de goût» font un travail assez révélateur et la variété est intéressante. Tout n’est donc pas aussi noir que prévu et la fin du monde n’aura pas lieu demain!


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