Éditorial : s'enfoncer dans la détresse psychologique une session à la fois

30 novembre 2018 publié par Camille Foisy

Éditorial : s'enfoncer dans la détresse psychologique une session à la fois

Larmes, crises d’angoisse et insomnie, on entend la nouvelle se propager dans les couloirs de l’UQAM comme la peste. Nous arrivons déjà au moment le plus redouté de l’année : la fin de session ou «the most wonderful time of the year», comme diraient les Anglo-saxons.

C’est durant ce dernier mois de l’année que les bobos ressortent le plus. Combien de fois des gens de votre entourage vous ont dit «je pense que j’ai un TDAH» pour expliquer leur manque d’attention dans les cours. Il en va de même pour les gens qui sortent en crise de larmes de leur examen évoquant stress, troubles anxieux ou manque de sommeil. Je ne suis probablement pas entourée d’hypocondriaques ou d’adeptes de l’autodiagnostic, mais je crois que les maladies mentales sont répandues dans la communauté estudiantine.

Selon une étude de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) publiée en 2016, 33,7 % des étudiant.e.s de l’Université de Montréal rapportent de légers symptômes de dépression, 29,6 % en rapportent de modérés. En ce qui concerne la détresse psychologique, 64 % de la population étudiante se trouve dans le quintile (20 %) de la population présentant le plus de symptômes. Il en va de même pour les tentatives de suicide et les réflexions sérieuses à passer à l’acte qui sont également plus élevées que la population générale québécoise.

Selon France Landry psychologue au SVE (service à la vie étudiante) de l’UQAM, le haut taux de maladies mentales à l’université proviendrait en partie des difficultés d’adaptation de certain.e.s étudiant.e.s au niveau de l’organisation. C’est d’ailleurs l'un des multiples éléments soulevés dans le rapport de la FAÉCUM où l’on souligne que la charge de travail élevée, la compétition dans un programme et la situation financière sont des facteurs pouvant mener à des troubles psychologiques.

Ce n’est pas pour rien que l’anxiété de performance est le mal du siècle chez les 18-35 ans. Entre la recherche d’accomplissement dans sa vie personnelle et le souhait d’être premier.e.s de classe, la pression est forte sur les étudiant.e.s dans un monde où la crise de l’emploi est de plus en plus importante et où les programmes deviennent de plus en plus spécialisés et contingentés.

Selon Foucault, le système scolaire est construit de sorte que la société fasse une sélection “naturelle“ de ceux et celles qui “s'incèrent“ le mieux dans le système (plus productif.ve.s, suivent les règles, etc.) pour faire de ces personnes des cadres. Les personnes qui s'adaptent le mieux au moule seront alors les plus qualifiées pour appliquer la norme.

Ces gens seront également plus aptes à se fondre dans la machine de production qu’est le système capitaliste puisqu’ils auront plus de résilience au surmenage. Ce n’est pas pour rien que certaines maladies mentales sont mises sur un piédestal, telles que le burn out qui résulte directement d’un besoin d’en faire trop pour son employeur.

Il faut donc se référer au système public pour trouver une solution. Mais encore une fois, on est loin du miracle. Au SVE de l’UQAM, les étudiant.e.s ont droit à seulement 3 consultations gratuites et ensuite "bye bye bonne chance le jeune!". On te retourne dans le vrai monde avec les références de quelques psychothérapeutes de la métropole.

Le prix pour une heure de consultation psychologique selon l’ordre des psychologues du Québec varie entre 80 et 130$ et les assurances des associations étudiantes de l’UQAM couvrent environ 10 séances de 80$ par session. Il y a également des options gratuites dans les CLSC, mais encore une fois les patient.e.s se font revirer de bord après un certain nombre de rencontres. 

D’un point de vue plus optimiste, vous avez probablement remarqué en vous baladant dans les couloirs de l’UQAM les affiches mettant en valeur des bonhommes sourires pas mal amochés. C’est une campagne publicitaire pour l’étude panquébécoise «qu’est-ce qui se cache sous ta façade» qui vient tout juste de terminer sa collecte de données dans plusieurs facultés de différentes universités au sujet de la situation psychologique des étudiant.e.s du cycle supérieur.

Oui, il y a du mouvement dans la communauté estudiantine. Oui, on souhaite que les choses évoluent et on prend conscience de la problématique. Mais à quand les réels changements ? Depuis la sortie de l’étude de la FAÉCUM en 2016, il n’y a pas grand chose qui s'est amélioré à l’UQAM. Le SVE m’a confirmé que des projets étaient en branle, mais toutefois rien de concret. On croise les doigts pour que la recherche panquébécoise ait un impact sur la façon dont on aborde la maladie mentale dans le milieu scolaire et qu’il ne faudra pas attendre qu’un scandale éclate pour prendre soin de nos futur.e.s contribuables.


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